12 mai 2014
Cannes lance le show

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L’Oréal est heureux de vous annoncer l’ouverture de ce 67 eme Festival de Cannes avec au programme des stars coiffées par Jacques Dessange, des hôtels une étoile à plus de 200 euros la nuit et le premier drame du festival: Nicole Kidman qui a choisi de donner ses interviews pour Grace de Monaco, film qui fait l’ouverture, à l’hôtel du Cap (repaire de russes très riches et très bruyants, sauvé par son jardin et sa vue) ce mardi. Soit la veille du début du festival, une catastrophe pour les pauvres rédactions qui n’avaient pas- budgétairement parlant-prévu cela. Vent de panique donc chez les envoyés spéciaux et autre pigistes finançant leur virée cannoise (comptez 5000 euros au minimum) qui vont nous abreuver dix jours durant de tweets, articles et autres infos vitales prompte à faire oublier la guerre en Syrie et la montée des périls en Ukraine afin de légitimer ou rentabiliser leur présence sur la Croisette. Le Journal du Dimanche a ainsi ouvert le bal avec un cahier spécial ce dimanche, entièrement sponsorisé, dont l’interview d’une actrice plutôt inconnue, Zoé Saldana (filmographie : Pirates des Caraibes, Avatar, Star Trek-que des films d’auteurs) débute par la question existentielle: “Vous êtes cette année l’ambassadrice de l’Oréal, c’est une première!”. Autant dire que l’on touche là à du grand journalisme tout comme sur France 24 qui, dans sa chronique pré-Cannes nous apprend que Robert Pattinson a une nouvelle petite amie…

Un vrai marathon entre sueur et paillettes

Bref, le grand barnum se met en place, les hamsters s’installant dans leur roue pour vivre des journées qui commencent à 8 heures 30 avec la traditionnelle projection presse-occasion de comparer la couleur de son badge pour les journalistes (le violet et vous êtes Mazarin…) tandis que les notables cannois ou autres invités “corporate” sortiront Madame pour la montée des marches le soir même, non sans un passage chez Fendi ou Zara, selon le budget (on trouve pendant la quinzaine plus de robes de soirée sur les cintres qu’avant Noël) afin d’obéir au dress code imposé et découvrir, avec l’équivalent d’un smic annuel sur le dos, des films montrant le plus souvent toute la misère du monde. L’exercice s’accompagne ensuite de la chasse aux invitations pour les soirées sur la plage ou dans les villas des hauteurs (avec des feux d’artifices auxquels plus personne ne prête attention au cinquième jour), et dont le meilleur moment est bien souvent celui où le vigile vous laisse passer devant tous les visages suppliants qui restent à l’extérieur. L’ego est en effet ici roi, et monarque absolu; nulle place pour les sentiments dans ce qui est avant tout un gigantesque marché où chacun vend quelque chose et ne vous porte d’intérêt que si vous pouvez lui rendre sa monnaie. Voilà donc qui est un peu trop toxique pour JimlePariser lequel, après trois années consécutives sur place, et malgré l’avance que l’on prend en matière de films visionnés, restera à distance.

Sinon, pour les films-eh oui, il y aussi cela à Cannes- 18 seront en compétition, avec trois réalisateurs français-Olivier Assayas, Bertrand Bonello et Michel Hazanavicius- et le grand retour de Jean Luc Godard…en 3D, plus le sulfureux Welcome to New York sur l’affaire DSK qui avait bien volé la vedette à l’édition 2012 (on lui en veux encore sur la Croisette). On aura sinon le droit une fois encore aux incontournables Cronenberg, Ken Loach, et les frères Dardenne, face à un jury présidé par une femme-la seule à avoir obtenu la Palme d’or-l’australienne Jane Campion. Une “women of worth”, bref qui” le vaut bien” ( ah, cette poésie) dixit le vendeur de shampoing, et donc parfaitement à sa place dans cette quinzaine.

Par Laetitia Monsacré

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