14 mai 2014
Camille Lepage/ La mort, les yeux grands ouverts

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“Je m’oriente vers le journalisme indépendant avant tout car il est, pour moi, le seul digne de ce nom.”. Camille Lepage avait 26 ans. C’est jeune pour mourir. Elle était comme la plupart des journalistes aujourd’hui, une “free-lance”, finançant elle-même ses reportages photo qu’elle revendait aux journaux français, Le Monde, Le Nouvel observateur et étrangers, New York Times, Sunday Times, vivant au quotidien la frustration “de couvrir des choses tragiques que personne ne veut publier”. Au mauvais moment au mauvais endroit dit-on dans ces cas-là; Camille connaissait bien l’Afrique, ayant choisi de vivre depuis un an au Sud Soudan et arrivée en Centre Afrique il y a huit mois, lorsque le conflit n’interessait que peu de journalistes. “Ce qui me fascine dans la photographie, c’est son langage universel. Tout le monde peut comprendre une photo, la “sentir”. Une photo, ça vit en vous et vous transporte là où le photographe était.”

Apporter de l’espoir

Ce “là”, c’était en l’occurrence les populations marginales, oubliées par leur gouvernement, ces lieux “où personne ne va”. Des visages, des corps, la détresse, la mort qu’elle donnait à voir, témoin anonyme dont le monde découvre cette semaine le nom car elle a, dans cette quête essentielle à ses yeux, perdu la vie. De trop courtes années pour “provoquer l’empathie” et aider le public à ne pas voir ces hommes et ces femmes ” comme de pauvres Africains, une fois de plus victimes de la guerre dans ce monde sans pitié. Je veux que celui qui regarde mes photos se dise: mais pourquoi donc souffrent-ils le martyr et pourquoi personne ne fait rien? “. Dans cet interview accordé en anglais au site Petapixel, cette ancienne stagiaire à Rue 89 et originaire d’Angers (dont vous pouvez voir le magnifique travail sur son site) ajoutait: “Je ne peux accepter que les tragédies puissent être ignorées pour la seule raison que personne ne puisse faire de l’argent avec. J’ai décidé de les mettre en lumière et d’apporter de l’espoir, quoi qu’il arrive”. Son corps sera rapatrié dans la semaine en France, qui s’apprête à vivre un raz de marée de clichés où le rouge sera sur le tapis. Rouge vif contre rouge sang, les médias et les lecteurs ont depuis longtemps choisi, et personne ne se souvient à quand remonte la dernière couverture de Paris Match sur un conflit ou une guerre.

Par Laetitia Monsacré

Soudan, Sudan, South Kordofan, Kordofan du Sud, Kordofan méridionale, Monts Noubas, Nuba mountains

Photo issue de son reportage au Soudan, intitulé “You will forget me”

 

South Sudan, Soudan du Sud, Jonglei, Tribalisme, conflit ethnique, jeunesse

 

 

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