29 juillet 2014
Boyhood, la prise d’adolescence

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Le réalisateur Richard Linklater aime donner du temps à ses personnages pour se construire. Sa trilogie des Before Sunrise, Sunset, Midnight emmenait le couple formé par Julie Delpy et Ethan Hawk sur trois tournages séparés par 18 années. Dans Boyhood, présenté au dernier Festival de Sundance, celui-ci s’est étalé sur douze ans, pendant lesquels le réalisateur américain a consacré une semaine par année à ce film. Si la densité de chaque personnage apparait très vite, la première surprise du film est la simplicité du scénario. Mason, un enfant rêveur aux yeux tristes, vit avec sa mère et sa soeur dans une petite maison du Texas. Longtemps absent, le père, joué une fois encore par Ethan Hawke, commence à réapparaitre quand la mère, Patricia Arquette, décide d’emmener sa famille à Houston pour essayer de mener une vie différente. Le réalisateur américain va dès lors suivre plus particulièrement l’évolution de Mason jusqu’à son entrée à la fac, entre changements de collèges et nouvelles coupes de cheveux.

A aucun moment pourtant l’intérêt pour cette histoire étalée sur trois heures ne va retomber. D’abord parce que Richard Linklater a réussi à créer un film proche d’un documentaire, dont la famille puis l’adolescence sont le centre. A l’inverse de la trilogie des Before, dont la quasi unité d’action et de temps participaient à exacerber les tensions, ici les conflits et les seductions sont absorbés et amortis par le temps. Au mieux quelques personnages antipathiques ne font office que de bornes temporelles. Il est surtout question de filmer une personnalité en train de se construire, ballottée entre douces rêveries, premiers amours et beau-pères alcooliques. Parce qu’à aucun moment le film ne fait le procès de tel ou tel personnage ou de telle ou telle époque, Boyhood laisse au spectateur la liberté de s’identifier, voire de revenir sur ses propres choix. Il en ressort une traversée des années 2000 pleine de nostalgie, agrémentée de la musique de l’époque, de The Hives au Black Keys. Beaucoup d’émotion se dégage également du récit autour de cette famille, le réalisateur posant de bout en bout un regard pudique, tendre et confiant sur ses personnages, avec notamment dans le rôle de la soeur de Mason, Lorelei Linklater, la propre fille du réalisateur.

Par Florent Detroy

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