9 janvier 2013
Billie, ma grande soeur…

« …Qui aurait eu moins de chance » commente Viktor Lazlo qui fait revivre sur la scène du Théâtre Rive Gauche sa majesté Billie Holiday, cette voix qui se brise, chavire le coeur et les tripes de tous ceux qui l’ont un jour entendue…Soyons clair, la chanteuse à la voix veloutée du tube Canoé rose n’a pas la voix d’Holiday ni sa fêlure; cette articulation un peu traînante, compensée par un sens du rythme unique, jouant imperceptiblement avec les retards, ces phrasés décontractés créant un swing si particulier ni ce timbre un peu enroué. Contrairement à celle que l’on considère comme une des plus grandes chanteuses de jazz, passée à Paris à seulement deux reprises en 1954 et 1958, Viktor Lazlo- nom de scène tiré du chef d’oeuvre Casablanca– a du souffle et du coffre ce qui évite toute comparaison possible. « Depuis l’adolescence, sa voix me hante », commence- t’elle cette pièce Billie Holiday, tantôt récitante, tantôt chanteuse, accompagnée par un superbe quatuor composé d’un pianiste, contrebassiste, batteur et saxophoniste de haute volée.

Alcool, drogue et souffrance

Avec eux, elle reprend Summertime, Strange fruit sur l’esclavagisme ou encore My man vêtue d’un magnifique fourreau en velours noir ou encore Georgia en duo virtuel avec Lady Day comme la surnommait son ami Lester Young, musicien génial de jazz qui finira lui aussi dans l’alcool et la drogue. Car, la vie de Billie Holiday qui est morte à 44 ans, fut une suite de drames: une mère adolescente qui se prostitue, un père qui l’abandonne, des ménages à cinq ans, un viol par un voisin à onze, une grand-mère qui meurt en la tenant dans ses bras- transbahutée de foyers en foyers, Billie a eu une carrière de résiliente mais sans doute sans y parvenir dans son « âme, dont le cri est le chant ». La mise en scène d’Eric-Emmanuel Schmidt est impeccable, comme ces trois « Lazlo » sur Me, Myself and I pour une soirée qui apporte résolument du soleil en ce mois de janvier.

LM

Billie Holiday par Viktor Lazlo au Théâtre Rive Gauche jusqu’au 17 janvier 2013

My name is Billie Holiday de Viktor Lazlo aux éditions Albin Michel, sorti en octobre 2012, 15 euros

 

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