15 mai 2012


Les consciences d’une partie du personnel de la Deutsche Oper avaient subi bien des turbulences. Au point de réclamer une inversion des représentations (avec le Jenůfa de Janáček dans la production d’une blancheur clinique de Christof Loy prévue le lendemain). C’est que le 20 avril, jour de la naissance d’Hitler, était fêté sous le régime nazi. Or, non seulement Rienzi était l’opéra préféré du dictateur, mais la mise en scène de Philippe Stözl, calquant l’ascension et la chute du tribun romain sur le canevas de La Chute, le film d’Olivier Hirschbiegel avec Bruno Ganz, qui narre les derniers jours du Troisième Reich, en rajoute. D’autant que la série de reprise devait débuter sur cette date symbolique méconnue des Français, pour s’achever le 30 avril, date non moins emblématique puisque c’est le jour du suicide d’Hitler – sa « chute ».
Pour autant, le concept fonctionne remarquablement dans la première partie de soirée. La grande baie vitrée sur les Alpes campe l’action dans l’une de ces villas du Tyrol réservées aux dignitaires nazis que le Führer affectionnait tant. Tandis que retentissent les accords de l’ouverture, on voit un bibendum, double théâtral du chanteur incarnant le rôle-titre, s’ébrouer en cabrioles jubilatoires sur son bureau avec vue.

Hitler partout

Torsten Kerl lui-même, vaillante voix de ténor héroïque aux dimensions du personnage, ne fait pas l’économie de mimiques qui rappellent la célèbre satire de Chaplin. Irene, la sœur de Rienzi, affublée des blondes tresses d’Eva Braun, étendards et armoiries, les détournements parodiques de l’iconographie nazie foisonnent, signe probable de début de guérison de l’inconscient collectif d’une nation traumatisée par ce funeste héritage. Tout se gâte dans la seconde partie, quand les mêmes procédés se répètent sans se renouveler, accentuant les maladresses des coupures dans la partition – usage au demeurant consacré jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle où les compositeurs écrivaient des pages alternatives selon les interprètes qu’ils avaient à leur disposition. Sans compter l’inégale battue de Sebastian Lang-Lessing. Reste une œuvre de jeunesse encore injustement mésestimée, absente des scènes françaises depuis un siècle et demi…avant son grand retour à l’automne prochain au Capitole de Toulouse.

Par Gilles Charlassier

Reprise au Deutsche Oper à la saison 2012-2013, où l’ensemble de la production de Wagner sera donné tout au long de la saison, bicentenaire oblige.

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