16 février 2015
Beaumarchais version Paisiello à Vienne

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La célèbre trilogie de Beaumarchais autour de Figaro a très rapidement inspiré les compositeurs d’opéra, et suscité parmi les plus grands succès de tout le répertoire lyrique –de Mozart à Rossini. Mais c’est dès 1782 que Le Barbier de Séville a été mis en musique par Paisiello, influençant ses successeurs – ce que le spectateur d’aujourd’hui peut entendre à rebours. Fidèle à son appétit pour les chefs-d’œuvre oubliés, le Theater an der Wien le ressuscite sur la scène, sous la baguette de René Jacobs, et avec la complicité de Patrice Caurier et Moshe Leiser, prolifique autant qu’inséparable duo franco-belge de la mise en scène.

Beaumarchais dans les années quarante

Et c’est dans la Séville des années quarante que sont transportées les aventures de Lindoro et Rosina, avec un faux étudiant aux allures de séminariste, un Basilio à l’inamovible béret, ou encore la mise soignée d’un Bartolo soucieux de respectabilité. Il ne s’agit pas essentiellement de reconstitution d’époque, mais plutôt, comme toujours avec Caurier et Leiser, d’atmosphère propice au jeu d’acteurs. Les situations ne manquent pas de faire sourire, mais semblent demeurer parfois prisonnière d’une esthétique moins débridée que le comique rossinien, même si dans l’un comme dans l’autre affleure l’insolence des Lumières françaises.
Cela tient peut-être également à la direction de René Jacobs, privilégiant la vérité musicologique à l’immédiateté et l’efficace dramatique. Les Freiburger Barockorchester s’attachent pour le moins à restituer des saveurs « originelles », à défaut d’une mise en place sans reproche. L’on pourra toujours goûter un plateau vocal fort honnête, où se fait entendre le Bartolo mature mais nullement caricatural de Pietro Spagnoli. Mari Eriksmoen distille la fraîcheur de Rosine, tandis que Topi Lehtipuu apprivoise au fil de la soirée les difficultés rencontrées au début. Apprécions également la verve du Figaro d’Andrè Schuen, ainsi que le corruptible Basilio de Fulvio Bettini. A défaut de théâtre, il reste les voix, raison d’être de l’opéra que Paisiello n’a pas omis de servir.
Il barbiere di Siviglia, Theater an der Wien, Vienne, février 2015

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