9 avril 2012
Beaucoup de bruit pour une Muette

C’est une véritable bronca-la première aussi forte depuis l’arrivée du génial Jérôme Deschamps à la tête de l’Opéra comique d’après sa très élégante et amusante Secrétaire Générale- Albane de Chatellus-qui a accueilli en ce soir de première la metteur en scène italienne de la Muette de Portici, Emma Dante. Cela sans raison apparente-quelques hommes nus? On a en a vu d’autre et “on aurait même aimé un peu plus de lumière, tant il étaient beaux”…Alors que le Châtelet a donné un Orlando de Haydn très azimuté grâce à Nicolas Bouffe (voir article) ou que l’Opéra Bastille reprend la vision de Michael Haneke du monde du travail dans sa version ô combien moderne de Don Giovanni (voir article), on ne peut pas dire que l’inventivité des costumes et les très beau effets de voile prêtaient à huer comme ce monsieur très chic, un peu circonspect devant sa propre audace…Il est en tous cas certain que ce spectacle fait preuve d’une belle créativité pour remettre à l’honneur ce compositeur français du XIX ème siècle, quelque peu tombé, après avoir connu la gloire, depuis dans l’oubli, Daniel-François-Esprit Auber. L’histoire est avant-gardiste, mettent en scène la lutte des classes, entre un homme puissant qui abuse une jeune fille, issue du peuple, à fortiori muette. Laver son honneur va devenir la priorité de son frère, un pêcheur et de tous ces gens qui aujourd’hui seraient requalifiés comme ” se levant tôt”. “Mieux vaut mourir que rester misérable “chante-t’ il. Alors, tous ensemble, ils vont se soulever contre le pouvoir et les nantis. Emma Dante aidée de Vanessa Sannino les a vêtus de couleurs pastelles, de décolletés moulés dans du plâtre et de crinolines retroussés et éclairées. L’éclairage est magnifique, indirect et chaud pour accompagner un décor magnifique avec ce grand lustre et ces tableaux de Goya qui descendent du ciel; les mélodies s’enchainent avec une mention spéciale pour Elvire,  la promise et bientôt femme du seigneur ayant abusé la Muette, chanté ici avec beaucoup de couleurs par Eglise Gutierrez. La muette, tout de rouge vêtue, est, elle, interprétée par Elena Borgogni, dont le corps ne cesse d’ondoyer, de se tordre au risque d’épuiser un peu-le correspondant du Financial Times étant d’avis de lui filer une bonne claque pour la calmer…Outre la bronca, c’est en effet un public presque fascisant qui était là ce soir, avec mon voisin qui m’a même passé son Bic, jugeant  mon feutre sur le papier  trop bruyant… Reste  le spectacle, magnifique et le programme sur ce papier au grain si particulier, qui en fait un bel ouvrage qu’on a plaisir à garder.

LM

Opéra Comique jusqu’au 15 avril-20 heures

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