15 février 2016
Bartabas, retour en selle crépusculaire

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Le noir est mis. Soudain des anges blancs, les yeux bandés,  descendent des cieux. Au centre de la piste du Fort d’Aubervilliers qui accueille à résidence la troupe Zingaro, un troupeau de chevaux attend, dans le calme et le silence, que ces humains ailés les chevauchent, pour devenir des centaures. Dans sa dernière création, “On achève bien les anges”, les chevaux de Bartabas sont à nouveau des artistes à part entière, donnant l’impression qu’ils créent eux-mêmes à chaque représentation un spectacle unique, tournoyant  sur cette piste recouverte de sable ébène; un gouffre profond, éclairé de lumières crépusculaires où la voix rauque de Tom Waits s’élève, des silhouettes en burqua, montées sur des échappes traversent l’espace, des dindons cheminent guidés par des baguettes, et Le Caravage, sous la selle de Bartabas, piaffe comme une étoile prête à s’éteindre. Un autre cheval finit, comme vaincu, les quatre fer en l’air, à moins qu’il ne s’élève comme ce petit poney sous le poids de son attelage; autant de tableaux pour évoquer la difficile condition animale et humaine, la montée des périls avec ce noir et ce blanc qui s’affrontent, l’artiste se positionnant une fois encore pour tenter de mélanger les couleurs. Le mystique et les références à l’actualité se télescopent deux heures durant pour dégager une impression de gravité et d’inexorable à laquelle même les chevaux lancés au grand galop ne semblent pouvoir échapper. A moins que ce pur sang arabe blanc, si léger et libre, lancé dans une course finale au milieu de la mousse ne soit l’annonciateur d’un début d’espoir. Mais peut-être est-il au contraire comme le chant du cygne. Au spectateur qui, une fois encore est massivement présent dans les gradins, de répondre. A raison, Bartabas, lui, s’en garde bien…

LM

On achève bien les anges jusqu’au 28 février au Fort d’Aubervilliers

 

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