17 août 2017
Bach au cœur de l’Auvergne

C’est parfois l’histoire d’un passionné qui se trouve à l’origine d’un festival : l’histoire de Jean-Marc Thiallier et de Bach en Combrailles en constitue un exemple éloquent. A l’ouest de l’Auvergne, au cœur d’une région rurale passablement enclavée, il fallait une audace certaine pour initier un rendez-vous consacré au grand Jean-Sébastien, qui plus est faire construire la réplique de l’orgue sur lequel le compositeur allemand jouait à Arnstadt. Surmontant la disparition brutale de son fondateur en 2004, Pontaumur – et ses environs – s’est confirmé depuis comme l’un des éminents lieux de pèlerinage pour les passionnées de Bach et de répertoire baroque. Prenant la relève de Patrick Ayrton en cette la dix-neuvième édition, Vincent Morel impulse un nouvel élan de jeunesse, tant dans l’équipe, dont la moyenne d’âge ferait pâlir d’envie plus d’un directeur de festival, que dans une programmation attentive à la nouvelle génération, irriguant par ailleurs généreusement le territoire.
A Montel de Gelat le mardi 10 août, Les Timbres et ses trois solistes mettent en regard Bach et Rameau. Le sens de la couleur innerve les pages extraites des Pièces de clavecin en concert du maître français, tandis que les sonates du rival germanique résonnent avec une saveur qui anime la densité des partitions. On remarquera le clavecin fluide et inventif de Julien Wolfs, qui rehausse la basse continue au-delà du simple accompagnement, et nourrit une audible complicité avec des deux partenaires, Myriam Rignol à la viole de gambe et Yoko Kawakubo au violon. A Herment le lendemain, L’Escadron volant de la reine puise dans le vaste corpus de cantates de Telemann – il en a écrit plus de mille. Dans Lieben will ich, la soprano Eugénie Lefebvre retrace les ironiques déboires d’une coquette qui, ayant repoussé un prétendant fidèle, épousera un parti à l’apparence favorable mais qui se révélera en fait un tyran désargenté : instinct narratif et leçon morale se fondent dans un ouvrage ciselé ici avec une évidente intelligence stylistique. L’édification de Mein Schicksal zeigt mir se rapproche de la BWV 84 de Bach, Ich bin vergnügt, d’une intériorité indéniable et nourrie, que fait rayonner l’ensemble francophone dans un programme habilement tressé de quelques sonates et sinfonias.

L’excellence de la nouvelle génération

Jeudi 12, le claveciniste et organiste Jean-Luc Ho initie une résidence de trois ans au festival. Les mélomanes se retrouvent à Lapeyrouse, aux confins de l’Allier, pour un récital où s’illustre l’un des meilleurs talents de la nouvelle génération. Construit autour de la figure de Louis Marchand, compositeur et virtuose contemporain de Bach que son insolence avait fini par exiler hors de France, le programme imagine la rencontre manquée entre les deux maîtres, qui auraient dû se mesurer l’un à l’autre à Dresde en 1717 – on raconte que le français aurait fui avant le confrontation. Après une Fantaisie de Telemann en guise de mise en bouche, la Suite en ré mineur de Marchand dévoile une richesse de registres admirablement détaillée et qui culmine dans la Chaconne conclusive redonnée en bis. Avec la Quatrième Partita en ré majeur BWV 828 de Bach se confirme l’art subtil de Jean-Luc Ho, alchimie entre clarté du jeu et séduction mélodique ornée avec un naturel raffiné. En soirée, le soliste rejoint, à Saint-Hilaire-la-Croix, un consort d’amis pour un parcours dans le motet luthérien, avant de faire découvrir au public trois exemplaires de sa collection d’instruments anciens – un virginal, un ottavino et un clavicorde – aux côtés de son facteur, Emile Jobin.
Ce dernier format de nocturne constitue une innovation de Vincent Morel. Si le jeudi, le public s’est retrouvé dans le cloître comme dans un salon musical, animé par Benjamin François, le mardi, la petite église de Landogne s’est mise à la lueur de la bougie pour un parcours inventif autour de la viole de gambe et de l’alto, avec deux membres de L’Escadron volant de la reine, Antoine Touche et Benjamin Lescoat, balayant en moins d’une heure un répertoire allant de chansons de la Renaissance à Marais et Hersant, tout en imaginant un argument autour de l’adaptation de ce corpus populaire d’avant le baroque. La magie de l’intimité opère au cœur de la nuit, et enrichit le menu d’une semaine musicale dense qui n’oublie pas les incontournables auditions de midi sur l’orgue de Pontaumur : au cœur du mois d’août, Bach en Combrailles conjugue excellence et convivialité.

Par Gilles Charlassier

Bach en Combrailles, du 7 au 12 août 2017

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs