29 novembre 2014
Automne germanique

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Comme cela est sans doute une habitude automnale, en dépit des vicissitudes douanières, Jim le Pariser met la germanité à l’honneur cet automne. Et notre circuit commence, comme en un pied de nez à l’Allemagne, avec une Arabella à Barcelone mise en scène par Christof Loy. S’il ne s’agit pas de l’opéra de Richard Strauss le plus connu – ni le meilleur, la faute aussi à un livret de Hofmannsthal plus terre-à-terre qu’Ariadne auf Naxos ou même le Rosenkavalier – l’ouvrage connaît un regain d’intérêt à en juger ces dernières saisons, ainsi qu’en témoignent Vienne ou Paris.

Barcelone sous le signe de Vienne

De cette histoire de dot, de menace de banqueroute et de convenances sociales si aiguës dans la capitale autrichienne, on en donne généralement une lecture illustrative, et celle du metteur en scène allemand abonde en ce sens, dans les décors plutôt minimalistes d’Herbert Murauer. Moins voluptueuse peut-être qu’une Emily Maggee ou une Renée Fleming, Anne Schwanewilms, annoncée légèrement souffrante, restitue cependant la distinction que l’on attend dans le rôle-titre. Michael Volle affirme en Mandryka une puissance parfois un rien rustaude. Doris Soffel et Alfred Reiter forment un couple Waldner au faîte de leur maturité – si ce n’est davantage pour ce qui est d’Adélaïde. Ofèlia Sala livre une Zdenka touchante dans le finale où Zdenko se dépouille de son travestissement, deux filles à marier s’avérant trop coûteux, quand on peut entendre l’élan juvénile du Matteo de Will Hartmann, tandis que Susanne Elmark fait briller Fiakermilli, plus modestement qu’il n’est coutume. Ralf Wiekert assure une direction musicale honnête mais nullement inimitable.

Stuttgart aux limites de la folie

Coproduction avec La Monnaie, le Jakob Lenz mis en scène par Andrea Breth à Stuttgart verse indéniablement dans la noirceur, ainsi que sa Traviata ou sa Katia Kabanova bruxelloises nous en avaient offert l’exemple. L’opéra de Rihm, rare exemple de création contemporaine à s’être inscrit au répertoire, décrit la descente dans les enfers de la folie d’un dramaturge allemand du Sturm und Drang qui a inspiré une pièce de Büchner, source du présent livret. Celui-ci tend à un certain intellectualisme, entre autres dans les errements du psychisme du personnage principal, qui étourdit quelque peu le spectateur, effet accentué par une scénographie sinistre, voire glauque – aux prises à une camisole, il s’enduit, presqu’entièrement dénudé, d’une boue marron dont il n’est pas difficile de deviner la symbolisation. Tout au moins, la musique, constellée d’évocations d’œuvres du passé – l’effectif orchestral comprend un clavecin – séduit par le délicat halo mélancolique ceignant une écriture qui ne cède ni aux diktats des avant-gardes, ni aux facilités aguicheuses. Et l’on ne pourra qu’admirer l’engagement de Georg Nigl qui se jette à corps perdu dans le rôle éponyme, sans oublier le travail soigné de Frank Ollu à la tête des musiciens badois.
Verdi au bord du Rhin
C’est enfin à Bonn que l’on fait étape avec Giovanna d’Arco, Verdi de jeunesse bien rare dans les théâtres européens qui retrace la destinée de « la Pucelle d’Orléans ». Si l’ouvrage ne recèle pas de succès universels comme Nabucco et le choeur « Va pensiero », il constitue néanmoins pour l’amateur un jalon intéressant dans l’évolution stylistique du compositeur italien, où pointe déjà par endroits la densité d’un Macbeth. Sans doute la relative faiblesse de la fin dessert-elle un peu la partition. Du moins, le spectacle réglé par le collectif fettFilm ferait mentir les réputations de Regietheater, avec des projections vidéos au diapason du contexte de l’intrigue sans exagérer la barbarie et le sanguinolent, et une scénographie d’escaliers efficace et intelligente. Et l’on peut applaudir autant des solistes tels que Jacquelyn Wagner en Jeanne d’Arc, ou George Oniani en Charles VII aux confins du sentiment amoureux, que le Beethoven Orchester Bonn sous la baguette de Will Humburg, preuve que la qualité musicale ne se mesure pas seulement à l’aune du prestige – sans oublier, avantage du système répertoire, la production sera reprise au fil de la saison.

GC
Arabella, Liceu, Barcelone, novembre 2014 – Jakob Lenz, Stuttgart, octobre-novembre 2014 – Giovanna d’Arco, Bonn, octobre 2014-janvier 2015

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs