13 janvier 2015
Après

charlie

Hasard du tuner radio, et Cabu, Wolinski sont là, vivants par leur voix. Une phrase se détache: « beaucoup de gens vont mal dans une société qui ne leur fait pas de cadeau ». Ce mardi matin, on connaît la Une du Charlie Hebdo de mercredi, celle de l’après 7 janvier, de l’après le 11 janvier, d’après la stupeur, d’après la colère; le prophète Mahomet y défile en blanc avec un panneau Je suis Charlie. Au dessus est écrit: Tout est pardonné.

« Quand vous avez deux possibilités-la haine ou la peur, choisissez la troisième »

Dimanche soir, sur France 2, Christophe Alêveque n’a pas osé finir sa vanne sur Mahomet, montrant avec dérision que l’on pouvait très justement avoir peur. Beaucoup d’humoristes-Djamel, Gad Elmaleh, Florence Foresti-bref tous ceux que vous n’avez pas vu à l’antenne ni entendus sur Radio France- tous ayant été sollicités par les organisateurs de cette soirée spéciale en direct de la Maison de la radio- n’ont ainsi pas souhaité venir à ce Je suis Charlie monté en trois jours et qui a réuni un très beau score de 3,6 millions de téléspectateurs. Julien Clerc, Alain Souchon, Patrick Bruel, Benjamin Biolay, Catherine Ringer, Grand corps malade, Camille, Thiéfaine avaient pour leur part répondu présents. « Et si le ciel était vide… », le visage de Cabu, tout en rondeur et bonhommie apparait, brandi par un anonyme dans la foule de l’après-midi, sur l’ écran géant derrière Souchon. “Car 17 tués( tu es) et des millions nous sommes”, Stéphane de Groodt se joue avec gravité des mots; Liliam Thuram s’adresse lui aux politiques: « on peut créer une solidarité comme on peut créer le contraire ».

“Si on m’avait dit en début de semaine que je défilerais dimanche avec Sarkozy et Angela Merkel!”

Daniel Cohen-Bendit, à son habitude, explose et se fait charrier gentiment  :“tu nous parles de tolérance en nous engueulant! ». Dans le rond central où les chanteurs se succèdent, certains parlent, d’autres choisissent de seulement chanter, tous en version acoustique. Bientôt, tout l’amphithéâtre de la Maison de la radio se lève pour une standing ovation- ce qu’on nomme un tunnel en langage télé: l’équipe de Charlie hebdo est là, fière. La magie du direct comme l’on dit… Une fois encore, c’est l’unisson et Patrick Pelloux que le public semble vouloir porter, survivant si émouvant car chancelant de cette rédaction clairsemée par l’impact des balles et symbole bien malgré elle de la stupeur qui a submergé tout le pays et le monde. « Car des millions de personnes selon les organisateurs et le même chiffre selon la Préfecture » ont marché plus tôt dans la journée partout dans le monde aux cris de Je suis Charlie. Des enfants, des vieux, des juifs, des musulmans , des catholiques  et…Ali Bongo ironise un journaliste de Charlie Hebdo. « Les loups sont sortis de Paris », Bruel peut être rassuré aux côtés de Catherine Ringer avec les paroles graves puis pleines d’espoir de Reggiani.

“Une liquidation un jour de soldes, fallait oser!”

On rit aussi avec les dessinateurs présents sur le plateau comme cette tour Effeil dotée d’une paire de couilles qui s’affiche en Une d’un Paris hebdo de circonstance. La marée humaine, la fraternité est diffusée en continu sur les grands écrans, avec tous ces visages parmi les trois millions de Français qui sont descendus dans la rue: « une provision d’humanité » pour l’écrivain Eric Orsenna qui s’étonne à juste titre « qu’avec 160 000 jeunes sans rien, il n’y en est pas plus qui pêtent un plomb ».

Minuit et demi, la salle s’est vidée, la ministre Fleur Pellerin s’est éclipsée. Mathieu Gallet et Remy Pfimlin sont encore là, les équipes de Morgane Production vont pouvoir souffler.

Nous aussi se dit-on avec la fin de cette semaine qui nous a laissé K.O. pour longtemps. C’était le 11 janvier 2015, en attendant la suite…

 

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