3 octobre 2017
Anniversaires à San Francisco

 

De San Francisco, la carte postale retient d’abord le pont du Golden Gate et la succession de collines souvent baignées de brume et de fraîcheur. Mais le mélomane n’oubliera pas également un orchestre et un opéra de premier plan sur la scène américaine – et pas seulement.
Sis War Memorial House, imposant édifice à l’intérieur aux discrètes réminiscences de mission espagnole, l’institution lyrique équilibre avec intelligence créations et répertoire. La présente saison en témoigne, où quelques semaines avant une nouvelle commande à John Adams confiée à Peter Sellars, Girls of the Golden West, est reprise un grand classique de la maison, une Traviata somptueuse mise en scène par John Copley il y a tout juste trente ans. On oserait même dire la tradition respectée jusqu’aux entractes, sans infidélité à la construction du drame. Dans l’opulence de la scénographie de John Conklin, comme des tissus choisis par David Walker, c’est tout un dix-neuvième siècle gravé dans les mémoires, et la tragédie des convenances bourgeoises, qui se reconstituent sous les yeux du spectateur, au-delà de l’inévitable glamour d’un parti pris évitant la superficialité décorative, même dans les numéros chorégraphiés par Carola Zertuche.

Standards scéniques et jeunes voix

Pour ses débuts à San Francisco, Aurelia Florian incarne une Violetta au timbre séduisant, à la sensualité parfois un peu âpre, qui prend de l’assurance au fil de la soirée. Egalement pour la première fois sur la scène californienne, Atalla Ayan ne néglige pas la jeunesse d’Alfredo, avec un zeste de gaucherie que l’on ne reprochera pas nécessairement. L’interprète du troisième personnage principal, Germont père, n’avait pas non plus encore foulé les planches franciscaines : Artur Rucinski en restitue la raideur morale, avant une tardive compassion. Le reste de la distribution façonne de manière crédible la cour qui entoure mademoiselle Valéry, dans une juste et perceptible diversité de caractères, du Gastone de Amitai Patti, au Douphol dévolu à Philip Skinner, en passant par Renée Rapier en Flora ou le Grenvil d’Anthony Reed, seul au chevet de la mourante, avec Annina, confiée à Amina Edris. Préparés par Ian Robertson, les choeurs font résonner les affects collectifs qui ponctuent l’ouvrage, quand, dans la fosse, Nicola Luisotti démontre un évident savoir-faire pour impulser l’énergie à un spectacle sans âge. Jeunes voix et valeur éprouvée en termes de production scénique forment une heureuse synthèse à l’Opéra de San Francisco, pour une ouverture de saison qui remet par ailleurs à l’affiche l’Elektra de Richard Strauss et Turandot de Puccini.

Par Gilles Charlassier

La Traviata, San Francisco Opera, septembre-octobre 2017

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