24 octobre 2014
Anniversaire Rameau : un festival de commémorations

sae.php
Mort il y a tout juste deux-cent cinquante ans, Rameau fait l’objet cette année d’une vaste opération de commémoration. Cet hommage au plus grand compositeur français de l’âge baroque – si ce n’est l’un des importants du Panthéon de la musique, aux côtés des autres Bach, Mozart ou Beethoven – gagne en intensité en ce mois d’octobre. Après deux Castor et Pollux, l’un à Dijon et l’autre, l’autre au Théâtre des Champs Elysées, l’Opéra royal de Versailles poursuit l’exhumation d’ouvrages oubliés, avec le Temple de la Gloire, écrit en 1745 sur des vers de Voltaire pour célébrer le retour victorieux de Louis XV de Fontenoy et de la guerre de Succession d’Autriche. Remaniée en 1746 pour l’Opéra de Paris, la partition n’avait pas été rejouée depuis.

A l’épreuve de la postérité

A la suite des concerts à Liège, la salle versaillaise redonne l’ouvrage en « recréation mondiale ». Dans le prologue, Alain Buet fait impression dans sa grande scène de l’Envie, lorgnant sans succès vers les portes de la Gloire. Mais la fatigue de la tournée sans doute prive Guy van Waas et son ensemble Les Elémens d’un enthousiasme communicatif. Le premier tableau avec le guerrier Bélus et sa bergère Lydie ne manque certes pas de couleurs, tandis que les divertissements, prodiguant des ballets où se libère le génie symphonique de Rameau, rehaussent tant l’acte de Bacchus que le triomphe final de Trajan, et Mathias Vidal sait donner du relief à l’héroïsme de l’empereur romain. On préfèrera Chanton Santon-Jeffery et Judith van Wanroij à Katia Velletaz et on applaudira le Chœur de Chambre de Namur, sans pour autant garder l’impression d’avoir redécouvert un chef-d’œuvre oublié. On n’a pas tous les jours affaire à des Boréades, jouées d’ailleurs au début du mois par Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre-Grenoble après le concert de juillet au festival d’Aix-en-Provence.
C’est encore en compagnie de Rameau que s’achève le festival baroque de Pontoise dimanche 19 octobre à Saint-Maclou, avec un programme de grands motets versaillais par le Chœur du Capitole de Toulouse et Les Passions, formation montalbanaise placée sous la férule de Jean-Marc Andrieu. Si le Quam Dilecta déploie un certain raffinement, c’est dans l’In convertendo que l’on prend toute la mesure de la théâtralité de cette musique – l’enchaînement du trio avec la fugue finale en constitue un brillant exemple. Ce sens de l’effet se retrouve chez le narbonnais Mondonville et son De Profundis, ici remarquablement mis en valeur.

Rameau sacré et profane

Et pour rester dans le registre sacré, évoquons encore le très bel enregistrement de Skip Sempé et son Capriccio Stravagante qui recréé l’office des funérailles de Rameau, où se mêlent au Requiem de Jean Gilles des pages du défunt – parution sous le label Paridizo. A l’écoute d’un Graduel reprenant la musique de l’air de Castor, Séjour de l’éternelle paix, tiré de Castor et Pollux, sur lequel on été écrites des paroles en latin, les connaisseurs pourront avoir la larme à l’œil – et pas qu’eux… Après avoir également donné la pièce en concert à Paris en septembre, le claveciniste poursuit ce mini-festival commémoratif Terpsichore ce week-end pour encore célébrer Rameau, salle Erard dans le Sentier – avec Pierre Hantaï pour des transcriptions et dimanche avec son ensemble. Mentionnons pour finir la création parisienne de l’Oratorio de Saint Olav, que nous avions annoncé à la rentrée à Sainte-Clothilde, vendredi dernier, après Rouen deux jours avant, où l’on retiendra entre autres un final en apothéose…
GL

Le Temple de la Gloire, 14 octobre, Opéra royal de Versailles – Festival de Pontoise, jusqu’au 19 octobre 2014 – Festival Terpsichore, 25 et 26 octobre 2014, salle Erard, Paris

Articles similaires



Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs