15 décembre 2012
Anne Serre/ La mémoire en place


Etrange aspect que ce petit livre jaune au contenu épuré qui ne dure que 60 pages. Petite table, sois mise ! C’est la formule magique,  la madeleine de Prout, le sésame qui ouvre la porte des souvenirs d’une femme de quarante ans.
Un petit livre qui se veut discret au premier abord et qui cache pourtant une histoire d’inceste incroyablement racontée, qui fait l’effet d’une bombe qui n’éclate jamais vraiment.
Anne Serre convoque son enfance, dans un langage prenant, avec le ton naïf et cru d’un gosse qui raconte comment sa vie familiale s’organise principalement autour de l’échangisme dans un cercle restreint d’ « amis » aux sexes confondus, âges confondus et parentés confondues. Un style bref, absent de jugement ou de pathétique, frôlant l’humour et qui étonne sans tout à fait choquer, tout le monde ayant l’air d’y trouver son bonheur : « Nous étions tous heureux ».
Le seconde partie traduit cependant la vie de cette jeune fille, quittant la maison à l’âge de 15 ans, et qui hors ses murs et son cocon familial si douillet à une époque, ne parvient plus à s’attacher aux autres, errant de villes en villes, de rencontres en rencontres, sans jamais rien bâtir, sans jamais vraiment y croire. Écrivaine, elle trouve refuge et réconfort dans l’acceptation de son histoire par la mise en mots. Et se réinvente chaque jour une identité selon ses rencontres, se projettant dans d’autres histoires, d’autres vies pour assumer enfin la qualité de cet « être personne qu’est celui qui écrit » pour reprendre la formule de Marguerite Duras.

Par Marie Fouquet

Petite table, sois mise ! de Anne Serre aux Editions Verdier, 6.80€

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