19 septembre 2012
Anne, ma soeur Anne

Eric Emmanuel Schmidt s’est offert un lieu-Le Théâtre Rive Gauche, rue de la Gaité; l’occasion d’y jouer ses pièces dont le dernière est l’adaptation du Journal d’Anne Frank avec l’inoxydable Francis Huster dans le rôle de son père Otto, qui, à la fin de la guerre, se rendit chaque jour sur le quai de la gare d’Amsterdam, l’espoir chevillé au corps que ses filles Anne, 13 ans  et Margot, 16, réapparaissent, vivante. « Chaque jour, ils en revient des dizaines » le rassure Miep, cette fidèle secrétaire qui vint 24 mois durant apporter des vivres, au risque de sa vie, aux trois familles qui s’étaient réfugiées dans « l’annexe »-ce petit appartement caché dans les locaux de l’entreprise de Monsieur Frank, derrière une fausse porte au 267 sur Prinsengracht, un des canaux qui ceinture la cité hollandaise. « Il n’en revient pas des centaines d’autres » lui répond ce père qui apprendra quelques jours plus tard que les deux fillettes sont mortes du typhus, six mois après leur arrivée au camp de Bergen Belsen et trois mois avant la capitulation allemande.

Otto est le seul survivant de leur groupe, dont la cachette fut dénoncée aux allemands, et le journal de sa fille l’occasion pour lui de la retrouver  vivante à travers ses mots à elle; des phrases pleines de gaité de cette jeune fille délurée et emplie de joie de vivre que l’actrice Roxane Duran, vue dans 17 filles joue avec une belle fraicheur et assurance. « Deux petites croix sur une liste » voilà ce qu’il reste d’elles, après qu’elles aient dû se terrer comme des rats, ne pouvant parler de la journée de peur d’être entendus par les employés. « C’est la dernière guerre que je fais! » lui fait ainsi dire avec un humour noir l’auteur qui évite le pathos, lui préférant l’humour. De fait, l’émotion manque quelque peu dans le texte qui s’appuie du coup sur la musique comme en ouverture, celle de Mort à Venise -symphonie numéro 5 de Malher tandis que Francis Huster- lui même juif et père de deux filles- manque quelque peu de présence, lui qui qualifie pourtant de « rôle de sa vie »celui d’Otto. Reste une jolie soirée et un public conquis pour redécouvrir cette époque où ces hommes et femmes « n’étaient plus des êtres humains, mais seulement des juifs ».

Théâtre Rive Gauche-Le journal d’Anne Frank à 21 heures

 

 

Voici la maison conservée à Amsterdam, à laquelle s’est rajoutée une aile moderne pour accueillir un musée dédié à Anne Frank-un lieu de mémoire inspiré et émouvant à ne pas manquer, voir infos


Articles similaires