15 juin 2014
Anne Berest/ Bonjour Sagan

9782234077409-X

Dans la série des anniversaires en cette année 2014, Sagan a écrit Bonjour Tristesse il y a soixante ans et est morte il y en a dix. Entre les deux, la vie que l’on croit connaître grâce à des biographies plus ou moins inspirées-entre son fils qui ose à peine esquisser sa mère il faut dire des plus impressionnantes- et des essais comme dernier opus sorti chez Stock, Sagan 1954 sous la plume de la jeune écrivain Anne Berest. Donc 1954, Sagan a 18 ans, l’Abbé Pierre lance son appel, Dien Bien Phu tombe. Et Jacques Julliard publie ce petit livre qu’il n’ose croire écrit par un auteur aussi jeune, de surcroit une jeune fille de bonne famille. “Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse”; la suite fut écrite en six semaines. Six semaines pour entrer dans l’histoire “à cette époque sans jeunesse où l’on passe brutalement de l’état d’enfant à celui d’adulte”: un écrivain est née. Ce sont les dernières semaines d’anonymat entre attente et certitude déjà d’être un écrivain qu’Anne Berest s’est attachée à décrire, rencontrant entre autre Florence Malraux, l’amie de cette jeune fille qui s’appelle encore Françoise Quoirez. Sagan sera trouvé dans Proust- “non pas pour devenir quelqu’un d’autre mais pleinement elle-même “, un de ses auteurs de chevet avec Dostoïevski, Sartre et tant d’autres lus dès ses douze ans. A cet âge là, Françoise arpentait déjà Paris, renvoyée de son cours sans en avoir avisé ses parents. De quoi se faire son expérience et écrire ce livre “où la vie coule de source” comme l’écrira son premier lecteur chez Julliard, François Le Grix. “Ecrire un roman, c’est faire un mensonge. J’aime mentir”: voilà comment Françoise expliquait cette envie, ce besoin qui fit d’elle une auteur prolifique et merveilleuse accompagnatrice des chagrins d’amour. C’est d’ailleurs à la suite de son divorce qu’Anne Berest, remarquée l’an dernier avec Les Patriotes,  s’attaque à celle qui explosa en même temps que Bardot,  s’en faisant une amie qui semble l’accompagner partout et dont elle retourne sur les traces de chez Lipp, à Saint Tropez ou encore au Casino de Deauville. Une jolie ballade autour de l’écriture, des premiers pas et un hommage plein de vie et de légèreté tout à fait inspiré.

LM

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