13 avril 2015
Amel Cogard/ Le clic vertueux

Amel COGARD

Il est convenu d’admettre en morphopsychologie que les yeux écartés sont signe d’intelligence. Et condamne bien souvent comme Jackie Kennedy à devoir se faire faire des lunettes de soleil sur mesure. Amel Cogard, mère de trois jeunes enfants, s’est pour sa part taillé un job à sa mesure; cette jolie brune pas encore quarantenaire, pur produit de France Télévisions-elle est entrée comme stagiaire en 2000 à France 3- officie à la tête de FranceTv Education.fr, au service des enfants de demain. Un portail qui prend son véritable envol cette année 2015, en reprenant tous les programmes pertinents du groupe, cela de la maternelle au lycée, pour les proposer en libre accès. Un clic, et la boite de pandore s’ouvre-ludique et instructive avec le label service public- “une belle caution”– des plus rassurants. L’éducation à la télévision? Un serpent de mer et “l’une des trois missions (éduquer, informer, divertir) dans le cahier des charges de France TV”, en lien avec le numérique dont Amel Cogard a connu les prémisses avec l’ancêtre d’internet, “une banque de programmes et de services qui diffusait aux enseignants des programmes via un satellite la nuit!”. Vinrent ensuite Côté prof, Curiosphère.fr puis à l’arrivée de Bruno Patino, “la transversalité s’est imposée” avec la création en 2010 de FranceTV Education qui se combine par ailleurs à une plateforme VOD à la demande accessible sur abonnements par plus de 6000 établissements en France. “La première ressource d’éducation numérique” à laquelle s’ajoute donc le site qui ne cesse de monter en puissance avec notamment un lancement devant journalistes et enfants dans l’amphithéâtre du Louvre en ce début avril. C’est un peu plus bas sur la Seine, et dans des locaux indépendants du navire amiral FranceTélévisions qu’Amel Cogard nous explique ce grand dessein qu’est l’éducation via le service public.

Quels sont les liens avec le Ministère de l’Education?

On travaille en collaboration mais sans aucune tutelle. Nos interlocuteurs sont avant tout les enseignants, des classes choisies par l’Education nationale ou avec lesquelles nous avons déjà travaillées, ainsi que le CLEMI qui assure la liaison avec les médias. Le travail se fait souvent en amont avec les élèves comme pour le dessin animé Les grandes grandes vacances (à découvrir sur France 3 dès le 20 avril à 10 heures, bonus sur France Tv Education.fr), que des classes pilotes ont vu avant la présentation sur le principe des masters-class. Nous essayons d’en faire une par mois comme dernièrement, avec David Pujadas autour des Paroles et des actes ainsi que sur la destruction des juifs d’Europe avec Fabrice d’Almeida dans un lycée du 11 ème arrondissement à Paris. J’aimerai que la prochaine soit autour de Cash Investigation car il est important que les jeunes sachent comment fonctionne le journalisme d’enquête.

Proposer des modules pour un public qui va de la maternelle au lycée, c’est un vrai challenge, n’est-ce pas?

Le panel est en effet très large, avec une offre pour les plus grands qui va jusqu’à la révision du bac et des documentaires séquencés avec des extraits de 3 à 5 minutes issus de la grille lorsqu’ils représentent un intérêt. On fonctionne également par priorité, avec cette année, l’accent mis sur l’éducation aux médias et la laïcité. Nos moyens étant limités, on va mettre en place des web séries comme celle sur les médias, produite avec Radio France, d’une durée de trois minutes qui seront pérennes sur le site, la mise en ligne étant prévue pour la prochaine rentrée. Il y aura également un magazine de décryptage des médias de 26 minutes sur France 4, repris sur la plateforme.

Comment travaillez-vous pour ces modules destinés aux plus jeunes?

En ce qui concerne l’antenne, il est toujours mieux que le programme soit incarné. Pour le numérique, où le budget est inférieur, on utilise davantage d’images de synthèse mais en partant toujours d’un cas concret de la vie quotidienne pour aller comme dans la web-série des médias, vers un concept.

Quelle sera l’offre en matière culturelle?

C’est une de nos priorités avec notamment un partenariat avec Le Louvre à l’occasion de l’ouverture de leur “Petite Galerie”( une partie entière du Musée qui sera créée pour accueillir les plus jeunes) en octobre prochain. On est également en train de travailler sur une web-série traitant de l’histoire des arts, qui sera diffusée sur notre site et celle du Louvre.

C’est votre seul partenaire? Quid de l’art moderne auquel les enfants sont très sensibles ou encore le cinéma qui reste le medium le plus accessible en famille pour beaucoup d’entre eux…

On a testé sur le site une sélection de sorties culturelles à recommander aux familles en liaison avec des enseignants. C’est en projet en développement d’ici la rentrée. Il y aura aussi des passerelles que nous mettrons en place avec Culturebox, la plateforme culturelle de France Télévisions.

Comment gérez-vous les exigences des enseignants qui ont, de fait, une idée assez précise de ce qu’ils veulent apprendre?

Nous leur demandons beaucoup leur avis en amont, avec deux séminaires que nous organisons par an. L’échange est permanent pour leur proposer ce dont ils ont besoin, c’est donc un travail conjoint. Le travail est le même avec les parents avec lesquels nous sommes en liaison permanente. Grâce à cela, nous avons évité jusqu’à présent tout clash…

De quoi sera faite la suite? 

Nous préparons la rentrée pour enrichir le plus possible la ligne éditoriale et les grandes vacances avec des cahiers interactifs pour réviser les programmes, avec une entrée qui se fera par classe. Nous continuerons aussi à travailler avec les chaînes comme France 3 pour Les Grandes grandes vacances, en étant de plus en plus en amont sur les programmes même si l’antenne conserve l’impulsion.

Avec FranceTv Education, la tablette, objet plébiscité par tant d’enfants,  deviendrait-elle vertueuse? Voilà en tous les cas une ébauche de réponse qui confirme que le service publique peut remplir sa mission d’utilité publique. Et qu’avec Amel Cogard, la génération de demain semble entre de bonnes mains.

 

Par Laetitia Monsacré

 

 

 

 

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