10 mars 2014
Alagna triomphe en famille à Avignon

sa_image.php
Événement dans la saison de l’Opéra d’Avignon, Roberto Alagna vient défendre sur la scène vauclusienne l’opéra composé par son frère David sur un livret inspiré par Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo – et écrit en famille par les trois frères, le dernier Frederico étant aussi plasticien. Créée en concert en juillet 2007, l’œuvre a connu la scène pour la première fois en 2009 à Debrecen en Hongrie, pays avec lequel la maison avignonnaise collabore régulièrement – en autres par l’intermédiaire de l’Armel  Festival de Szeged – et apparaît ici dans une production réglée par Nadine Duffaut.
Le lever de rideau se fait sur Catherine Alcover – qui jouait Mrs Higgins, la mère du professeur,  dans My Fair Lady en décembre dernier –  déclamant des pages dans lesquelles le grand écrivain plaide pour l’abolition de la peine de mort et promeut l’éducation plutôt que la sanction. Programme qui ne manque pas d’acuité en cette période électorale sur ces terres provençales, même si le public de la salle semble acquis à la cause. A partir du roman, l’argument dresse à grands traits des situations et des personnages stéréotypes immédiatement reconnaissables – le geôlier, le bourreau, etc.

Réquisitoire contre la peine de mort

La scénographie met en miroir une geôle française où s’impatiente Roberto Alagna, le condamné du dix-neuvième siècle, et une cellule carrelée de blanc recouverte ça et là de tags des précédents prisonniers, où une femme attend son exécution dans les couloirs de la mort d’une prison américaine contemporaine, soulignant ainsi que le combat entamé par le poète romantique reste encore d’actualité. Pétri de bon sentiments, le spectacle fait ressortir au fil de la soirée l’invincible désir de vivre qui s’attise au seuil de la mort, avant que l’inévitable issue ne croise les destins – la guillotine pour l’américaine et le prisonnier du passé emmené à la chaise électrique, appuyant l’universalité de la harangue hugolienne par-delà les différences des supplices.
Ceux qui seraient effrayés par la musique dite contemporaine ne doivent pas craindre celle de David Alagna, qui fait vibrer généreusement la corde de l’émotion et emporte l’adhésion du public. Elle se révèle surtout une remarquable tribune pour le talent solaire du grand Roberto, qui démontre au seuil de la cinquantaine une vitalité éclatante. Sans jeter une ombre sur la composition très réussie d’Adina Aaron – qui avait fait une belle impression dans le rôle-titre de Treemonisha au Châtelet il y a quelques années – et dont la voix puissante a gagné en ampleur, c’est bien sur les épaules du ténor français que repose le succès de ce Dernier jour d’un condamné. Preuve que les stars constituent toujours de remarquables porte-parole : les grands combats ne s’y sont jamais trompés, la télévision non plus, venue enregistrer la production.
GC
Le dernier jour d’un condamné, Opéra d’Avignon, 9 et 12 mars 2014

Articles similaires



Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs