6 juillet 2017
A Simone Veil, la patrie reconnaissante

Les chicayas et les soubresauts politiques des ces dernières semaines, de ces derniers jours même, ont bien peu de résonnance face à la disparition d’un destin tel que fût celui de Simone Veil. Un destin dont l’héritage et l’influence infusera longtemps dans nos consciences et dans nos mémoires les idées de dépassement de soi, de générosité, de défense des droits de chacun et en particulier des femmes et de colère face à toutes les injustices.

Une figure républicaine

Simone Veil c’est d’abord une leçon. Une leçon de vie et une leçon d’engagement pour des valeurs communes, pour des valeurs universelles, pour des valeurs qui font l’honneur de la République. Si tout le monde aujourd’hui s’en réclame, Simone Veil n’a pas toujours fait l’unanimité, elle a été combattue, harcelée, jetée à la vindicte de fanatiques réactionnaires, comparée même à ceux qui avaient annihilé le destin de sa famille et de tant de millions d’autres. Simone Veil est une leçon pour tous ceux qui en ces temps de recomposition politique, et ils sont nombreux, cherchent un chemin fait de convictions morales, de convictions européennes et de convictions républicaines. Si nous avions vécu dans un autre système politique que la Vème République, dans un système parlementaire comme en Italie ou en Allemagne, nul doute qu’elle aurait été élue à la magistrature suprême. Elle aurait, sans aucune question, recueilli l’assentiment du plus grand nombre et aurait incarné la République et la France. Mais soyons honnêtes, elle n’aura pas eu besoin de postes honorifiques pour représenter la France. Elle n’aura pas eu besoin de dorures et de majesté pour incarner une certaine idée, une belle idée de la République. Simone Veil a été le visage de la France et il suffit de regarder aujourd’hui dans la cour des Invalides les visages de chacun, connus ou inconnus, pour comprendre combien elle a inscrit une marque indélébile dans nos quotidiens et dans notre histoire commune. Elle rassemble la droite, la gauche, les anciens Présidents de la République, les anciens Premiers ministres, tous ceux qui ont, un jour ou l’autre, de tous les bords, compté et participé à la vie politique du pays.

A l’immortalité…

Immortelle depuis son élection à l’Académie française en 2008 et sa réception, si émouvante, deux ans plus tard, elle s’apprête à entrer au Panthéon aux côtés de son époux. Cinquième femme à entrer dans le temple des gloires de la Patrie, elle écrit une fois encore l’Histoire. Reposera au Panthéon, une femme ministre qui il y a quarante-trois ans, sous les quolibets, les injures et les invectives, se faisant traitée d’« avorteuse juive », a donné aux femmes le droit absolu de disposer de leur corps. Entrera au Panthéon, une femme déportée qui il y a trente- huit ans, sous les applaudissements, était élue, symbole merveilleux d’une réconciliation, Présidente du Parlement européen, élu pour la première fois au suffrage universel. Pour l’éternité dormira au Panthéon, une pionnière, qui il y a un peu plus de vingt ans s’engageait pour des mesures concrètes en faveur de la parité et de l’égalité entre les femmes et les hommes. La vieille maison de la montagne Sainte-Geneviève s’apprête donc à accueillir aux côtés de Voltaire, de Rousseau, de Zola, d’Hugo, de Jaurès, de Moulin, une féministe, une femme libre et résiliente, une figure majeure de notre temps, une personnalité qui toujours par son ton et son regard a su nous rappeler combien le combat contre la haine de l’autre est une priorité absolue et nécessaire.

Une revanche posthume

A tous ceux qui dénient aux femmes le droit de vivre libre, d’être des personnes à part entière, majeures et responsables de leurs actes, à tous ceux qui parfois, encore, hélas, se désolent que les femmes ne soient plus simplement des objets dont les hommes seraient propriétaires, à tous ceux qui, réactionnaires et passéistes, pleurent la fin du patriarcat et des privilèges qu’il leur accorde, à tous les bigots de toutes obédiences qui entendent au nom d’une règle spirituelle réduire l’espace de liberté de chacun et en particulier des femmes, l’entrée au Panthéon de Simone Veil est un formidable bras d’honneur républicain. Un bras d’honneur à toutes les visions surannées de la vie et de la société, un bras d’honneur à toutes les intolérances. Une revanche aussi de l’Histoire et sur l’Histoire. Une revanche sur la barbarie nazie, sur l’atrocité des camps, sur la volonté folle d’éliminer un peuple. A toutes celles et tous ceux qui luttent, s’engagent, travaillent, étudient, pour le féminisme, pour la reconnaissance de cette lutte particulière, pour des espaces encore à conquérir, l’entrée prochaine de Simone Veil au Panthéon est la preuve que la France est lucide, courageuse, moderne, généreuse et qu’elle sait distinguer ses grands destins. Une Patrie reconnaissante envers l’une de ses plus grandes filles. Simone Veil, fille d’André et Yvonne Jacob, Simone Veil, fille de France, femme de France. Merci, Madame.

Par Graziani Ghislain

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs