4 décembre 2013
A la recherche de la vérité

Pas moins de 18 films sortent cette semaine… Si La Jalousie de Phlippe Garel, présenté à Venise, est à réserver aux esthètes qui n’ont pas peur de s’ennuyer côté dialogues, Le Cinquième pouvoir, film américain présenté à Toronto est lui, incontournable pour qui veut comprendre la révolution internet et ce que fut l’aventure Wikileaks. Deux heures que l’on ne voit pas passer pour retrouver Benedicte Cumberbatch – l’acteur y montre toute l’étendue de son talent- en Julian Assange, véritable messie de la vérité qui comme chacun sait depuis Pirandello, a trois versions: “la tienne, la mienne et la vérité”. Réalisé par Bill Condon, jusqu’à présent connu pour Twilight, chapitre IV et V, le film débute en 2007 avec la rencontre entre le créateur de Wikileaks, alors un site inconnu et Daniel Domscheit-Berg, petit génie de l’informatique. Séduit et abandonné pourrait être le sous-titre avec ce personnage limite autiste et charismatique, véritablement habité et ce geek, au contraire les pieds bien sur terre; assez en tout cas pour freiner les ardeurs de Julian Assange cinq ans plus tard lors de l’affaire Manning. Rappelez-vous, ce jeune officier américain qui sort 250 000 documents classés top secret du Pentagone, révélant entre autres les noms des informateurs, ce qui revenait à les condamner à mort. Entre temps, le site aura “sorti en trois ans plus de scoops que le Washington Post en 30 ans” et réalisé que la presse était un relais indispensable avec des collaborations via The Guardian et Der spiegel (Le Monde n’est jamais cité dans le film…). L’occasion de découvrir la course au scoop dans les rédactions, les coulisses du Foreign office américain et l’arme révolutionnaire que constitue internet. “Donnez un masque à un homme et il vous dira la vérité” disait Oscar Wilde. Le système de Wikileaks fut en effet avant tout la première occasion de protéger les sources grâce à du codage ultra-complexe et éviter les représailles. Il fut également la preuve que donner l’information est un métier et que beaucoup de journalistes le faisaient, en investiguant, de moins en moins. Le film montre cela de façon admirable tout comme l’engagement que fut cette aventure. De la très belle ouvrage vilipendé par les critiques français et boudé par le public américain que Julian Assange a  qualifiée dans un e-mail envoyé à l’AFP depuis l’ambassade d’Equateur à Londres où il s’est réfugié après une plainte pour viol comme “un festival d’ennui gériatrique que seul le gouvernement américain saura apprécier”. Alors à vous de voir!

AW

Articles similaires