25 juillet 2014
Medhi Walerski, un danseur en apesanteur

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Alors que Nicolas Le Riche vient de faire ses adieux au Palais Garnier, victime de l’âge de “préemption” pour l’Opéra de Paris, Medhi Walerski semble lui, au sommet de son envol. Passé lui même par l’Opéra de Paris à 20 ans, ce natif d’un petit village de Rouen a choisi dès le début de sa carrière de s’épanouir ailleurs, à la Haye, en intégrant le prestigieux NDT (le Nederland dance theatre) qui était, le mois dernier, de passage à Paris, après huit ans d’absence. Une stature athlétique combinée à une grande taille, un visage dont les traits célèbrent l’allinance ô combien heuruese de ses origines égyptiennes et polonaises, c’est près du Théâtre de Chaillot, entre deux répétitions, qu’il se prête à cet interview avant de continuer la tournée vers Londres et Hambourg.

Comment la danse est-elle arrivée dans votre vie?

Je viens d’une famille où le corps a toujours été libre ; souvent, on poussait les meubles et on faisait la fête. Mon père qui est électricien et ma mère ont vécu en Afrique, avec cette idée de “corps tribal”. Lorsque la question des activités du mercredi s’est posée, j’ai commencé par le basket et très vite j’ai été attiré par la danse classique. Une audition plus tard, j’ai intégré le Conservatoire de Rouen puis celui de Paris. A seize ans, la possibilité d’en faire ma vie est alors devenue réelle; c’était merveilleux, on avait des places gratuites pour aller à l’Opéra, on dansait tout le temps, ces deux années d’internat restent les deux plus belles années de ma vie.

Pourquoi avoir intégré une compagnie étrangère?

A la sortie du Conservatoire, je suis entré au ballet de l’Opéra de Paris en “surnuméraire”-ce qui est hors hiérarchie et donc “bon à tout faire”; j’ai adoré être à Garnier, les odeurs, ce décor unique et danser des ballets classiques mais j’ai très vite réalisé que ce n’était pas pour moi. Il est en effet très difficile d’y gravir les échelons et je n’avais pas le profil assez “classique”. J’avais tellement envie de danser! Après une saison au Ballet du Rhin, je me suis présenté au NDT comme un challenge-sur 800 personnes,  ils en prennent deux ou trois… Je n’avais pas dormi la veille car ils fêtaient la fin du ramadan dans l’auberge de jeunesse où je dormais et en plus j’avais oublié mes affaires donc j’ai auditionné en pyjama!

Comment se passe une audition pour intégrer un compagnie aussi prestigieuse?

Cela se déroule sur une journée de 8 heures à 22 heures-un vrai marathon. Il y a d’abord un cours de danse classique à l’issue duquel ils en gardaient soixante, puis on devait danser un solo de Jiri Kylian; il fallait courir et je me suis tellement donné que j’en ai  défoncé mon pyjama. Puis, il y a eu une visite médicale pour voir si le corps va “tenir”. Une semaine après ils m’ont appelé pour me dire que j’étais pris.

Qu’avez-vous trouvé là bas?

Ma première surprise a été de découvrir qu’ on pouvait être un danseur classique et bouger. Voyager, utiliser l’espace le plus possible, c’était merveilleux, j’avais 21 ans et l’ on me donnait des rôles immédiatement; et surtout confiance en soi, comme ma mère l’avait fait avec cette idée que si si tu travailles, tu y arriveras toujours. Il y a ainsi un vrai plaisir d’aller travailler tous les matins; tellement de chorégraphes sont invités, c’est une vraie plateforme de création. Chaque année, on nous donne en plus la chance de chorégraphier; je vais d’ailleurs de plus en plus me diriger vers cela, ce sera la suite de ce chemin entamé…

La magnéto a fait des siennes. En vrac le tendon d’Achille qui se rompt, l’impatience et l’angoisse pendant la convalescence de remonter sur scène et le plaisir de vivre de cette passion en sachant que le corps est son seul outil. Un outil pour offrir des moments de grâce inouïe comme sur cette musique de Philipp Glass qui s’élève dans Chaillot, avec ces couples qui se croisent à la faveur du décor tournant et permettent alors aux spectateurs de toucher à l’essentiel, et savoir pourquoi, ce soir-là nous étions tous venus…

Par Laetitia Monsacré

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