3 mars 2013
Stéphane Hessel/ Eternellement jeune

Voilà, Stephane Hessel est parti s’indigner là-haut…Y sera-t’il plus entendu qu’ici bas? Ce qui est certain c’est que cette vie qu’il eut entre nous fut d’une richesse rare à l’image de sa générosité et de cette jeunesse, cette fraîcheur qui lui était propre. Avec sa mort, c’est après celle de Danielle Mitterrand une grande figure de “résistant” qui disparaît. Resistance à l’occupant allemand puis à toutes les formes d’injustice pour ce petit garçon auquel  sa nanny conseillait de “remplacer la fureur par la soif de plaire“. Ses parents? Deux Allemands bohèmes dont la fantaisie a inspiré Henri-Pierre Roché qui fut le vrai Jim de ce couple à trois, immortalisé à l’écran par Truffaut avec à la clé sans doute le plus beau rôle de Jeanne Moreau. “Au lit marin, la puce a faim”. On ne sait si sa mère lui disait cela petit, avant de le coucher mais c’est grâce à la liaison qu’elle eut avec l’écrivain que Stéphane Hessel vint vivre en France à l’âge de sept ans, brillant élève de l’Ecole Alsacienne, puis lors de la séparation du couple, étudiant en Angleterre. Le début de son “universalité” à une époque où le malin rôde en la personne d’Hitler. Son père juif, l’engagement sera une évidence; Varian Fry, Américain qui sauva tant d’artistes juifs le prendra sous son aile. Puis ce sera Londres et le syndrome des “planqués”, le retour en France, l’arrestation, Buchenwald “je pense qu’un prisonnier est fait pour s’évader”. De là, viendra une responsabilité morale de survivant pour que jamais l’indifférence ne puisse à nouveau conduire à ça. Au “spectateur engagé” de Raymond Aron, il préféra le “faire” en allant à l’ONU, assistant les rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. C’est au nom de ces hommes mais en abandonnant le sens générique du terme que son engagement débutera auprès des sans papiers de l’Eglise Saint Bernard et des Palestiniens qu’il ira voir avec sa seconde femme dans les camps en 1991. Combattre les inégalités, défendre David face à Goliath comme José Bové contre les  multinationales de l’agro-alimentaire- bref tous “ceux qui marchent contre le vent“…le nom de la collection où il poussera son cri Indignez -vous, en 2010. La suite est connue, le “nous sommes les 99 %” a déferlé sur les capitales du monde entier avec, au final, peu de changement. Reste que ce jeune homme cabotin, passionné de poésie, a réveillé en chacun de nous quelque chose qui semblait bien endormi: la capacité à se révolter. Quant à lui, c’est dans son sommeil qu’il est tranquillement parti saluer celle “qu’il considérait comme une amie”. La chose était à 95 ans logique, il n’empêche, il va nous manquer.

Par Laetitia Monsacré

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