10 février 2019
2019 débute dans l’ennui à l’Opéra de Paris

Pour cette rentrée 2019, le mélomane parisien se devait de choisir: à Bastille, cinq heures pour Les Troyens de Berlioz mêlant deux récits difficiles à suivre dans la mise en scène haute en couleurs et inventive du russe Dmitri Tcherniakov; à Garnier, un très bel oratorio Il Primo Omicidio de Scarlatti- le père du célèbre compositeur, dont la mise en scène de Castellucci fait plus penser à une version concert. Pour résumer, les yeux à Bastille, les oreilles à Garnier. C’est en effet pour fêter les 30 ans de la construction de l’Opéra Bastille en 1989, rappelons-le voulu par François Mitterrand pour offrir à Paris une grande salle pouvant rivaliser avec le MET, que Les Troyens donnés pour son inauguration sont repris sous la baguette de Philippe Jordan. Celui-ci est impeccable comme à son habitude tandis que la mezzo Stéphanie de Loustrac offre une très belle Cassandre dans une mise en scène séduisante, opposant le décorum des gouvernants- murs tapissés, chaises dorées- à la rigueur du béton gris de la ville impersonnelle délabrée où évolue le peuple.  Après sa somptueuse mise en scène de La fille de neige à l’Opéra Bastille, le russe Dmitri Tcherniakov se perd toutefois dans la seconde partie de l’oeuvre phare de Berlioz lorsque pour conter les amours de Didon et Enée, Carthage devient un “centre de soins en psycho-traumatologie pour victimes de guerre”, avec des chaises de cantine, distributeur de canettes, télé branchée sur BFMtv-sic, sans oublier une table de ping-pong. On s’ennuie alors terriblement, prenant son mal en patience pour entendre enfin le fameux duo “Nuit d’ivresse et d’extase infinie”, chanté par le ténor américain Brandon Jovanovich et la russe Ekaterina Semenchuk, incarnant une Didon en pyjama jaune portant couronne en carton et  cape en papier crépon. On ne peut s’empêcher alors de songer à Purcell et son magnifique Didon et Ennée, au livret d’une heure vingt dont le Festival d’Aix a donné l’an dernier toutes les couleurs avec l’idée que Berlioz comme librettiste n’est pas forcément le plus inoubliable…

Le baroque, c’est à l’Opéra Garnier que le public pouvait le retrouver avec la très attendue entrée au répertoire de Il primo Omicidio. L’italien Roméo Castellucci habitué aux mises en scènes percutantes a choisi pour mettre en scène un des premiers épisodes de la Bible, le meurtre de Caïn, fils aîné d’Adam et Ève, de son frère cadet Abel, un mysticisme immobile à la Bob Wilson qui créé un ennui abyssal. A la baguette, l’emblématique chef d’orchestre baroque René Jacob fait toutefois merveille avec un plateau vocal qui ne démérite pas- porté par la mezzo suédoise Kristina Hammarström dans le rôle de Caïn et Olivia Vermeulen en Abel. Voilà qui ne marquera toutefois pas les esprits d’un début de saison à l’Opéra de Paris pas vraiment convaincant…en attendant la suite. 

LM

Les Troyens de Berlioz à l’Opéra Bastille, jusqu’au 14 février 2019

Il Primero Omicidio de Scarlatti à l’Opéra Garnier juqu’au 23 février 2019

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