6 septembre 2025
Valeur sentimentale, l’ogre et ses filles

« On n’écrit pas Ulysse quand on emmène ses enfants au foot ou qu’on paye les assurances de ses bagnoles ». Gustav Borg a choisi sa carrière de réalisateur de film à sa vie privée, le quotidien entre une femme psychologue dépressive et ses deux filles, Nora et Agnes. Il a aussi choisi la vie, entre le champagne, les femmes non sans atteindre la grâce dans ces oeuvres et rester résistant à l’air du temps. Au contraire de sa fille ainée, Nora qui, devenue comédienne de talent, lutte pour rester en vie, avec le sentiment d’avoir tout raté en comparaison à sa jeune soeur, mariée et mère. Et pour laquelle, tout parait simple et facile à accepter comme la mort de leur mère dont la réception après l’enterrement ouvre le film. En préambule de ce film Grand prix à Cannes et nommé pour le meilleur film aux Oscars, le spectateur a pu découvrir le gouffre qui menace d’aspirer Nora; visage fermé, elle est en lutte permanente contre elle-même en y ayant associé ce père, déserteur lorsqu’il n’est pas destructeur. Alors, lorsqu’il lui propose de jouer dans ce qui sera son dernier film, « un rôle écrit pour elle », Nora refuse net, flairant le danger de renouer avec ce père avec lequel elle n’arrive même pas à parler. 

De la dépression à la renaissance

A la suite d’une rétrospective de son oeuvre au Festival de Deauville, offrant de magnifiques plans sur la plage déserte scellant l’amitié entre ce réalisateur norvégien d’un autre âge et une jeune actrice américaine en vogue-renversante Elle Fanning- cornaquée par ses agents, Gustav découvre le nouveau visage du cinéma, entre Netflix et photocall, non sans cynisme et rébellion- « satanés trolls Tik-tok ». Rachel, la jeune star montante américaine sera donc cette femme inspirée par la mère de Gustav, torturée pendant la guerre et ayant mis fin à ses jours lorsqu’il avait sept ans. « Parlez-moi de votre mère que je cerne mieux mon personnage » réclame Rachel; « Ce n’est pas elle mon personnage » répond Gustav. En demandant à Rachel de teindre ses cheveux en brun, elle finira par comprendre que le scénario parle en fait de sa fille ainée, et sa difficulté de vivre, entre états dépressifs et une tentative de suicide. « On ne prie pas pour chercher Dieu, mais pour accepter son désespoir ». Et demander de l’aide, comme celle que Nora a offert sans compter à sa jeune soeur, accomplissant tous les gestes d’une mère lorsque la leur était déficiente et que la maison de famille « s’effondrait doucement ». Laquelle finira vendue, rénovée façon minimaliste luxueux et sans âme pour sceller la renaissance de Nora auprès de son père qui même absent, était conscient de sa souffrance, « On est pareils toi et moi ». Cut.

LM

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