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	<title>interview | Jim le Pariser</title>
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	<description>Un magazine en ligne cosmopolitain et sophistiqué</description>
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		<title>Le juif magnifique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Mar 2012 23:21:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IL/ELLE]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/halter1.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-14248" title="halter1" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/halter1.jpg" alt="" width="270" height="187" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/halter1.jpg 270w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/halter1-86x60.jpg 86w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/halter1-60x41.jpg 60w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/halter1-202x140.jpg 202w" sizes="(max-width: 270px) 100vw, 270px" /></a></p>
<p>La vie de Marek Halter ressemble à un roman. Celui du juif errant qui a su faire du monde sa maison depuis que ce fils d&rsquo;une poétesse yiddish, né en Pologne, a echappé avec sa famille du ghetto de Varsovie pour retrouver une seconde fois les nazis en URSS, là où ils ont fui. Sa petite petite soeur y mourra de faim. Le destin, pour lui, veille. A la libération, il se retrouvera place Rouge, à Moscou, offrant des fleurs à Staline. Il a neuf ans. Puis ce sera Paris,  les Beaux Arts pour être peintre,  l&rsquo;engagement politique et l&rsquo;écriture, bien sûr. Depuis le succès de son premier livre sur le Proche-Orient,  « Le Fou et les Rois » en 1976, jusqu’aux « Fils d’Abraham », « Marie »,  « La Reine de Saba » ou « Le Kabbaliste de Prague » en 2010, Marek Halter a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages. Conteur passionné  de l’héritage et de la tradition juive,  il nous livre dans son dernier livre « L’inconnue du Birobidjan » un superbe roman d’espionnage doublé d’un hommage à sa langue maternelle, le yiddish à travers cette étonnante République qu’est le Birobidjan,  improbable création de Staline, l’une des rares à avoir résisté à l’usure du temps et à la chute de l’URSS.</p>
<p><strong>La surprise de votre livre, c’est que le « Birobidjan » existe toujours… On aurait pu croire qu’avec la fin de l’URSS, il n’ait plus de raison d’être. Que représente le Birobidjan en 2012, et pourquoi est-il toujours là ? </strong></p>
<p><em></em>D’abord le trouver, c’est facile : chacun de nous peut taper « Birobidjan » sur internet et voir sur la carte une région à la frontière chinoise, à 9600 kilomètres de Moscou,  marquée : « région autonome juive ». C’est fabuleux, soixante-cinq ans après la proclamation de l’Etat d’Israël ! D’où vient l’idée ? Staline a en a décidé en 1932 : il avait cinq millions de juifs autour de lui, dont beaucoup jouaient un rôle important dans la Révolution, à la tête de la Pravda, des Izvestia, des studios de cinéma, sans parler des Eisenstein, Isaac Babel ou Chagall ! Il trouvait donc qu’il y avait trop de juifs, et que la révolution soviétique risquait d’apparaître aux yeux de la masse des pauvres Russes comme une « révolution juive »;  cela en aurait été fini de la révolution. Staline aurait pu alors les déporter et les tuer, il l’a fait avec tant d’autres peuples ! Mais, curieusement il ne l’a pas fait avec les juifs.</p>
<p><strong>C&rsquo;était juste avant les Purges ?</strong></p>
<p>Tout à fait mais, là,  deux choses qui se passent. La même soirée, il se saoule et viole mon héroïne… Ça c’est mon roman! Non,  ce qui est vrai, c’est qu’il annonce à tous ses amis, il y a beaucoup de Juifs autour de la table, qu’il y aura une région autonome juive. Et s’engueule avec sa femme Nadejda, qui était la seule capable de lui dire la vérité en face, en public- c&rsquo;était un peu comme « Qui a peur de Virginia Woolf » entre eux,  Elizabeth Taylor et Richard Burton… Et cette nuit-là, elle se suicide. Pour moi, c’est le moment crucial de la vie de Staline. Pendant un mois, d’après tous les témoignages, il se baladait comme un fou en disant <em>« pourquoi elle m’a fait ça ? »</em>. Après il s&rsquo;est lâché-il  n’y avait plus personne pour lui dire la vérité et faire appel à sa conscience. C’est là qu’il a commencé les Purges. Mais la région juive est déjà officialisée. A l&rsquo;époque, Israël, cet État où on parlerait  l’Hébreu, la langue de la Bible, parait loin. Alors là, quelqu’un souffle à Staline, et l’on pense que c’est Kalinine,  le président des Soviet Suprême : <em>« Pourquoi ne pas déclarer dans cette région autonome juive, la langue Yiddish, langue des prolétariats, langue officielle pour s’opposer à la langue hébreu, la langue de la Synagogue et de la bourgeoisie juive ? »</em> C’est ainsi que dans cette région lointaine, on a commencé à enseigner ma langue maternelle, le Yiddish.</p>
<p><strong>Donc les Juifs sont « invités » à vivre là-bas ? </strong></p>
<p>Au début, Staline en envoie trente mille qui y vont enthousiasmés, syndrome du peuple dispersé, peuple messianique, qui pense qu’un jour il aura aussi une terre comme tout le monde… Israël est loin. On ne sait pas encore qu’il y aura la guerre et Auschwitz. On est en 1934. En 1936, le Yiddish devient langue officielle  du Birobidjan. Hitler est déjà là et s&rsquo;éloigner de lui n’est pas une mauvaise chose … Dix mille kilomètres entre Hitler et Moscou, donc quatorze mille kilomètres entre Berlin et cette République, ça n’est pas mal ! Et puis, il y a beaucoup de Juifs dans le mouvement communiste international. Donc il y avait de l’enthousiasme. Bien sûr beaucoup sont repartis parce que là bas, il y avait des marécages, la malaria, et rien d&rsquo;autre. Ils étaient obligés de tout construire la ville, les chemins de fer… Tout ! Beaucoup sont morts, beaucoup sont repartis. Le destin est terrible, car ceux-là  ont été tués par les nazis. Ceux qui sont restés là bas, qui ont tenu et  ont eu des enfants- leurs enfants, après la Perestroïka ont pu émigrer en Israël. C’est extraordinaire !</p>
<p><strong>Mais pourquoi le Birobidjan existe-t-il toujours alors que l’Union Soviétique a disparu ?</strong></p>
<p>C’est la grande question. Beaucoup de mes amis historiens russes comme Medvedev, se la posent. Même Soljenitsyne s’était posé la question. Curieusement Staline, même dans sa folie, avant sa mort, et après avoir lancé la campagne contre les Juifs, cosmopolites, les médecins, les assassins en blouse blanche, n’a jamais remis en question l’existence de cette République. Jamais ! Ni Khrouchtchev, ni Brejnev. Personne. Aujourd&rsquo;hui, elle est un peu comme la Californie en Amérique. Elle a son gouverneur, vice-gouverneur… il n’y a que 180.000 habitants, mais c’est quand même une région de taille, deux fois la Belgique, avec une frontière avec la Chine, sur le fleuve Amour : c’est par là que les Chinois entrent en Russie. Parfois ils y restent. Dans la ville même de Birobidjan, 76.000 habitants, il y a encore 8.000 Juifs et une grande synagogue, plus grande que celle de Paris. Et quelques isbas de l’époque des années quarante avec des plus  petites synagogues. C’est très émouvant. Et puis, on enseigne le Yiddish dans les écoles. Il y a un journal, un quotidien Yiddish, écrit à moitié russe, moitié Yiddish.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Quand les dissidents, les refuzniks plus précisément ont voulu quitter l’Union Soviétique pour Israël, qu’est-ce qu’ils disaient à propos du Birobidjan ?</strong></p>
<p>Ils n’en parlaient jamais. Je ne leur ai même pas posé la question parce que dans mon esprit, Birobidjan n’existait plus. C’est seulement quand j’ai commencé à écrire mon livre que j’y ai repensé : j’ai vu quelques images de vieux films documentaires,  des photos, j’ai lu des témoignages. Or,  à la fin de mon livre, je suis à Moscou, je regarde la télévision et je vois au  journal télévisé, Dmitri Medvedev, président de la Fédération de Russie en train de visiter la région autonome juive de Birobidjan, et  une délégation de Birobidjan, avec deux rabbins, en train de l’accueillir. Il visite une synagogue où il y a un mariage, il casse les verres, et dit « Mazeltov ». Je me suis alors dit : « je rêve ! ». C’est à ce moment là que j’ai décidé d’y aller, au mois d’octobre 2011.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Quelle est la position d’Israël vis à vis du Birobidjan?</strong></p>
<p>Officiellement, il n&rsquo;en ont pas. Il y a beaucoup de Juifs du Birobidjan en Israël; l’ancien rabbin du Birobidjan a même créé un petit musée, à Ramat Gan, à côté de Tel Aviv,le  musée des Juifs du Birobidjan.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>A votre avis,  le Birobidjan doit-il continuer à exister?</strong></p>
<p>Si les juifs du Birobidjan ont tenu jusqu’à aujourd’hui, oui, le Birobidjan doit exister. Je trouve que l’histoire juive est particulière. Et c’est peut-être cela, « <em>la force de ce petit peuple », </em>comme disait Chateaubriand, mieux que moi, dans un petit livre que je recommande à tout le monde, <em>L’Itinéraire de Paris à Jérusalem </em>qu’il a écrit il y a  deux siècles. Quand il arrive à Jérusalem, il est surpris de voir les Juifs là-bas, il pensait qu’il n’y en avait pas. C’est important pour ceux, comme vous et moi, qui nous intéressons au conflit israélo-arabe, de savoir que les Juifs étaient là-bas depuis toujours. Chateaubriand va se demander comment ce petit peuple a pu survivre à travers les millénaires, là où d’autres civilisations et d’autres peuples ont complètement disparu : les Araméens, les Babyloniens, les Assyriens, et même les anciens Egyptiens ou les anciens Grecs.  Chateaubriand écrit alors : <em>« un peuple qui est enraciné dans une terre, on l’arrache comme une plante, il meurt. Un peuple qui est enraciné dans un livre, il se balade avec son livre. »</em> Le Juif a toujours été en Israël et en dehors.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Qu’est-ce qu’ils représentent aujourd’hui les Juifs en Union Soviétique ? Sont-ils inquiétés par le renouveau du nationalisme russe et par la résurgence aujourd&rsquo;hui de l’orthodoxie russe?</strong></p>
<p>Curieusement, non. Les Juifs et les Russes sont vraiment entremêlés, et cela depuis des siècles. Le folklore russe doit beaucoup aux Juifs… Le folklore juif, beaucoup aux Russes. Quand vous allez en Israël, il y a beaucoup de chansons russes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Y-a-t&rsquo; il toujours un passeport pour les Juifs ?</strong></p>
<p>Non,  c’est fini depuis la fin de l’Union Soviétique, depuis Gorbatchev. Maintenant il n’y a plus qu’une nationalité russe. Combien y -en-a-t&rsquo; il encore? Là, c’est de nouveau un mystère. Quand mon ami Elie Wiesel est allé la première fois en Union Soviétique, il est revenu avec son petit livre extrêmement émouvant  <em>Les Juifs du Silence</em>, où il parlait de deux millions et demi de Juifs. Quand le Kremlin a ouvert les frontières, un million et demi de Juifs sont partis en Israël, 600 à 700.000 en Amérique… A Brooklyn, il y a plein de rues où tout est écrit en russe. Il y aurait  plus d’un million de Juifs en Russie. On dit moitié juif, un quart juif, un vingtième de juif, et ces gens sont fiers de dire qu’ils ont une famille juive. C’était d’ailleurs la réaction d’avant Staline. La sœur de Lénine, Hannah, racontait partout que son grand-père maternel était Juif de Drogobytch, jusqu’au jour où Staline a appris ça, l’a convoquée, et lui a dit <em>« maintenant tu te tais, ou tu disparais </em>». Elle était fière. Il y a une expression en russe <em>« tu es malin, tu es intelligent comme un Juif »</em>, c’est positif. Au Birobidjan, la plupart des gens boivent la vodka « casher ». Quand je leur demande pourquoi, ils me répondent <em>« si ce sont les Juifs qui la font, elle est meilleure! »</em> Donc, les Juifs sont là. Leurs personnages font d&rsquo;ailleurs partie de la littérature russe, du cinéma russe, de l’art russe; ils font partie de l’environnement, comme les bouleaux. Aujourd’hui, il y a aussi de l’antisémitisme,  bien sûr. Le mot « pogrom » est,  n&rsquo;oublions pas, un mot russe&#8230;. Mais le racisme anti-caucasien, un vrai racisme, a fait disparaître, de manière un peu superficielle peut-être, la haine des Juifs.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Votre livre, vous l&rsquo;avez écrit pour qu’on reparle du Birobidjan ou parce que c’était finalement un beau théâtre pour une aventure amoureuse ? C’est un livre romantique, au fond…</strong></p>
<p><em> </em>Les deux. Je voulais parler du Birobidjan, parce qu’il y avait le Yiddish, ma langue maternelle. On ne la parle plus nulle part. La dernière personne avec qui je l&rsquo;ai parlé, c’était Jean-Marie Lustiger, parce que ni lui, ni moi ne voulions que cette langue disparaisse, c’était la langue de nos parents. Une culture, une civilisation. Il y a aussi une affaire romanesque, un peu le Docteur Jivago à l’envers, une femme qui va chercher son amant au Goulag, dans la neige. Et puis le théâtre, vous avez dit le mot, théâtre. Il y avait une histoire extrêmement romanesque qui fait partie de l’histoire de la Russie, que personne ne connaît. Les Russes adorent le théâtre. Il y a plus de théâtres à Moscou qu’à Paris et New York réunis. Pendant la guerre, on bombardait Moscou, et les gens faisaient la queue devant les théâtres. C’était le seul endroit où l’on pouvait encore questionner le pouvoir. Alors Staline, le KGB, ont inventé la liste noire, qui a été reprise d’ailleurs par les Américains dans les années 50 sous McCarthy, sauf qu’en Russie, quand on se retrouvait sur la liste noire, on pouvait s’en sortir. Comment ? Il fallait se proclamer Juif, apprendre le Yiddish, et aller jouer au théâtre de Birobidjan. C’est fabuleux n&rsquo;est ce pas cette histoire ! Nous avons l’habitude d’entendre parler de Juifs qui ont survécu en France parce qu’ils sont devenus catholiques, protestants ou que sais-je encore. C’est juste le contraire ici : de bons Russes, chrétiens, se faisaient passer pour Juifs pour être sauvés, et jouaient au théâtre Yiddish du Birobidjan, qui, dans la fin des années quarante était devenu le plus connu, le plus important de l’Union Soviétique. Alors avec une telle histoire, voyez-vous, il fallait seulement introduire du suspens, et mon amour du polar américain, pour en faire un livre. Pour moi, c’est un peu immodeste ce que je vais dire, mais c’est peut-être -avec la mémoire d’Abraham-, mon meilleur livre. Parce que c’est là où je me retrouve, c’est mon monde que je décris. Je ne suis pas allé chercher Marie, la mère de Jésus… que j’aime- c’est un personnage magnifique. Mais quand on écrit sur Marie, on ne peut pas écrire comme Flaubert, Marie c’est moi ! Tandis que là, ces personnages je les connais… C’est moi ! Quand je fais parler les vieux acteurs Yiddish à Birobidjan, à Iaroslavl qui expliquent ce qu’est être Juif, à cette jeune actrice russe chrétienne qui a appris quelques mots de Yiddish, et bien c’est d’abord apprendre à se moquer de soi-même. Si tu ne sais pas te moquer de toi-même, et bien tu ne seras jamais juif !</p>
<p>&nbsp;</p>
<h6 style="text-align: right;">Par Ulysse Gosset</h6>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Curé des temps modernes</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/cure-des-temps-modernes-france2-dans-les-yeux-dolivier-olivier-delacroix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Feb 2012 15:51:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IL/ELLE]]></category>
		<category><![CDATA[Dans les yeux]]></category>
		<category><![CDATA[émission]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Delacroix]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-13857" title="olivier delacroix" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/od.jpg" alt="" width="273" height="185" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/od.jpg 273w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/od-88x60.jpg 88w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/od-60x40.jpg 60w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/od-206x140.jpg 206w" sizes="(max-width: 273px) 100vw, 273px" /></p>
<p><em>« Tout me va moi</em>« . Olivier Delacroix est là, dans le café d&rsquo;Amélie Poulain, rue Lepic. Il est assis face à moi, exactement comme il est à la télé, avec ses dreadlocks, toute en présence, à la fois douce et rassurante. On est souvent étonné entre l&rsquo;image et l&rsquo;homme, mais là, nul décalage, pas de triche. L&rsquo;attachée de presse de France 2 l&rsquo;accompagne, <em>« pour arriver à le voir , c&rsquo;est si rare »</em> dit-elle, les yeux brillants.  Huit semaines durant, Olivier Delacroix est allé à la rencontre des gens, chez eux pour qu&rsquo;ils racontent  leurs histoires, yeux dans les yeux, sans applaudissements, sans public, sans maquillage, sans projecteurs. Olivier Delacroix, c&rsquo;est la télévision qui file à l&rsquo;anglaise, s&rsquo;échappant des studios, et qui redonne du sens aux paroles des gens, leur offre un moment de partage avec le téléspectateur au point d&rsquo;avoir devant son écran l&rsquo;impression de faire partie d&rsquo;une discussion entre amis. L&rsquo;espace d&rsquo;une émission, il sait créer mieux que quiconque une sorte de communion avec celui qui raconte, au point de faire penser à ces curés de campagne qui autrefois prêtaient, sans jugement ni volonté rédemptrice, une oreille attentive à leurs ouailles. Des hommes rares, aujourd&rsquo;hui disparus. Il aura fallu deux coups du destin pour frapper ce natif d’Évreux qui était parti pour divertir en prime time, acolyte à ses débuts de Christophe Dechavanne sur ces émissions imaginées pour  vous faire rire et oublier une journée difficile.  Deux évènements qu&rsquo;il garde pour lui,  pour qu&rsquo;il soit désormais là chaque mercredi sur France 2, résilient parmi les siens.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Comment choisissez-vous les personnes qui apparaissent dans votre émission?</strong></p>
<p>Je les rencontre tout d&rsquo;abord, pour savoir si on a envie de faire quelque chose ensemble. Il arrive que ça ne passe pas, pour eux ou pour moi. Là, je vais en rencontrer cinquante sur les huit émissions donc il y a une équipe dont le métier est d&rsquo;enquêter, chercher les meilleurs histoires, en tous cas des histoires qui ne sont pas encore passées et qui sont emblématiques, en dégageant des problématiques différentes. Ensuite, je me déplace pour voir la personne, pour que lorsque l&rsquo;on va arriver avec l&rsquo;équipe de tournage, on se connaisse déjà. Je viens de province, alors je pense avoir conservé ce côté accessible, capable de faire tomber la timidité des gens. Je reste deux jours avec chacune des quatre personnes qui témoignent. C&rsquo;est long; on déjeune ensemble, témoins et équipe, on passe un maximum de temps pour parvenir à cette qualité dans le rapport qui doit s&rsquo;installer. Et comme ce sont des gens dont la nature est douce&#8230;tout se passe bien.</p>
<p><strong>Quel a été le point de départ pour vouloir une émission différente de celles que l&rsquo;on pouvait voir jusqu&rsquo;à présent?</strong></p>
<p>Je  pense que les gens ont envie de parler de leur vie; tout est ensuite une question de paramètres. Une certaine uniformité s&rsquo;est installée dans les émissions avec cette idée de faire peur, de montrer une société en crise. Mon idée, c&rsquo;était de préférer avoir une ambiance plus proche de ce qui se passe autour de cette table que de balancer des images de flics  ou de décoration.</p>
<p><strong> Vos histoires sont pourtant souvent inquiétantes d&rsquo;autant qu&rsquo;on s&rsquo;identifie facilement à vos témoins comme dans votre émission sur les personnes « accusées à tort ».</strong></p>
<p>C&rsquo;est surtout violent ce qui arrive à ces gens et pourtant, il y a quelque chose au final de lumineux chez eux. Ce sont souvent des gens qui ont été puiser des forces incroyables en eux, du coup ça donne la banane à la fin, même si ça fait flipper en même temps. C&rsquo;est ce que j&rsquo;essaye de mettre en valeur à contrario de ce que l&rsquo;on peut vous apprendre dans les écoles de journalisme. Je me souviens que lorsque j&rsquo;y étais, j&rsquo;avais décidé qu&rsquo;il y a des choses que l&rsquo;on ne me ferait pas faire. Ça m&rsquo;amuse car l&rsquo;an dernier,  mon ancienne école-l&rsquo;Institut Pratique de journalisme- d&rsquo;où j&rsquo;avais failli me faire virer, m&rsquo;a demandé d&rsquo;être leur invité d&rsquo;honneur pour le diner annuel! Aujourd&rsquo;hui, je représente une certaine diversité alors qu&rsquo;avant on me prenait pour une espèce d&rsquo;ovni; il y avait une approche un peu simpliste, un peu caricatural sur mon look. Il y avait pourtant une vraie attente de la part des téléspectateurs: que ceux qui sont à l&rsquo;antenne puissent être comme eux. Sans compter que le plateau, les studios télé, ce n&rsquo;est pas pour moi.</p>
<p><strong>Comment avez vous réussi à convaincre un directeur de chaine de se lancer dans cette approche inédite?</strong></p>
<p>Cela s&rsquo;est fait progressivement. Au départ, il y a eu les deux documentaires pour Canal Plus dont « les supermarchés de la défonce » dans lesquels j&rsquo;ai pris des risques. J&rsquo;étais souvent en caméra cachée mais on m&rsquo;entendait beaucoup parler. Bruno Gaston de France 4 a voulu me rencontrer et m&rsquo;a demandé si j&rsquo;avais une idée à lui proposer. On débutait par un gros plan puis ensuite j&rsquo;interviewais le personnage en question. Ça a bien marché et France 2 m&rsquo;a demandé de venir faire « Dans les yeux d&rsquo;Olivier ».</p>
<p><strong> Qui a trouvé ce très bon titre?</strong></p>
<p>C&rsquo;est France 2. Au début, ça m&rsquo;a fait peur, je me suis dit je vais en prendre plein la gueule, je ne voulais pas que ce soit perçu comme quelque chose de prétentieux mais miracle, je n&rsquo;en ai pas entendu du tout parler! Maintenant, c&rsquo;est devenu « Dans les yeux », tout court quand les gens en parlent. J&rsquo;ai réussi à créer une différence et que l&rsquo;on ne m&rsquo;impose rien, je travaille dans une grande liberté et ça c&rsquo;est vraiment bien.</p>
<p><strong> Vous gérez comment l&rsquo;après, une fois que vous avez écouté ces histoires dont certaines sont vraiment « lourdes »?</strong></p>
<p>J&rsquo;ai déjà ramassé pas mal dans ma propre vie, avec deux missiles que la vie m&rsquo; a envoyés-terribles. Donc du coup, j&rsquo;ai pas mal encaissé, c&rsquo;était il y a une dizaine d&rsquo;année. Je suis sorti autrement, en étant un autre mec après tout cela, donc je pense que je suis plus à l&rsquo;aise, plus apte à écouter. Sans cela, je n&rsquo;aurais sans doute pas les mêmes capacités que j&rsquo;ai aujourd&rsquo;hui.</p>
<p><strong>Comment envisagez vous la suite?</strong></p>
<p>Il y a déjà des choses prévues qui seront dans la continuité de ce que je fais déjà; il y aura sans doute une troisième saison, et après, on verra. Il reste encore des thématiques qui me tiennent à cœur, des choses qui m&rsquo;interpellent. Les sujets, c&rsquo;est moi qui les choisis, je suis curieux. Et puis j&rsquo;aime les gens. Mais, la vérité, c&rsquo;est qu&rsquo;on passe toujours à coté de quelque chose, heureusement d&rsquo;ailleurs, ça nous permet de recommencer. Dans mes interviews, j&rsquo;ai sans doute l&rsquo;instinct du silence mais pas sa maîtrise&#8230;</p>
<p>C&rsquo;est alors que le silence s&rsquo;installe. Un vrai beau silence partagé, apprécié entre deux personnes qui aiment poser les questions avec cet espoir à chaque fois renouvelé de recueillir une réponse-une vraie. Il se met alors lui même à poser des questions, intéressé comme le sont rarement les interviewés, qui selon les cas, demandent à relire ou plus rare, vous remercient après publication&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<h6 style="text-align: right;">Par Laetitia Monsacré</h6>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans les yeux d&rsquo;Olivier-« Accusés à tort » diffusé ce soir à 22heures sur France 2 puis tous les mercredis soir</p><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/cure-des-temps-modernes-france2-dans-les-yeux-dolivier-olivier-delacroix/">Curé des temps modernes</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Sagan en héritage</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/westhoff-francoise-sagan-en-heritage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 18:36:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IL/ELLE]]></category>
		<category><![CDATA[newsletter]]></category>
		<category><![CDATA[Denis Westhoff]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-13261" title="Françoise Sagan " src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/Sagan4.jpg" alt="" width="500" height="368" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/Sagan4.jpg 500w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/Sagan4-300x220.jpg 300w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/Sagan4-81x60.jpg 81w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/Sagan4-60x44.jpg 60w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/Sagan4-190x140.jpg 190w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px" /><br />
15h15. Nous attendons Denis Westhoff dans le hall de son immeuble du XVIIeme arrondissement. Le voilà juste à l’heure du rendez-vous, revenant d’une ballade avec ses deux chiens dans le froid parisien. L’homme est simple -dans le bon sens du terme- et nous accueille dans son appartement chaleureux, tout en nous vantant son dernier dada, une application iPhone qui permet de faire de magnifiques prises de vue. Car à 49 ans le fils unique de Sagan a délaissé son métier de photographe pour un combat qui lui prend tout son temps. Honorer la mémoire de sa mère. Depuis 2007, il a accepté la succession des œuvres de celle que l&rsquo;on appelait le « gentil petit monstre », et ce faisant, il doit rembourser ses dettes. En pleine bataille judiciaire avec l’ancien éditeur de Françoise Sagan -Julliard- pour récupérer les droits d’auteur de douze romans écrits par sa mère, Denis Westhoff vient de perdre le procès en première instance. D’une voix douce et posée, il raconte ses difficultés, ses espoirs et le souvenir d’une femme qu’il <em>« ne peut décrire en un mot »</em>.</p>
<p><strong></strong><strong> Comment vivez-vous le fait d&rsquo;être le fils d&rsquo;un monstre sacré?<br />
</strong></p>
<p><em> </em>C’est plutôt très agréable parce que ma mère était quelqu’un de très libre, de très ouvert, d’extrêmement intelligent, elle avait beaucoup d’idées, beaucoup d’humour, d’imagination. Tout ça transparaît à travers ses écrits : ses pièces de théâtre, ses nouvelles. Elle a laissé  l&rsquo;image d’une femme tolérante, pleine d’humour, très ouverte, amicale et protectrice avec ses amis. Parfois très morale sur certains sujets, et donc moi j’ai « récupéré » tout ça : ses œuvres, son image… Lorsqu’on cite le nom Sagan aujourd’hui, c’est vrai que les portes s’ouvrent… Il y a une sorte de grande bienveillance, beaucoup de sympathie… Les gens ont beaucoup d’égard pour elle, de l’amitié et de la tendresse pour Sagan… Pour l’instant, les choses se sont faites de manière miraculeuse. J’ai eu des ennuis par-dessus la tête d’une manière absolument incroyable… Quand elle est morte, tout le monde me disait<em> « mais tu es fou, tu ne vas pas prendre la succession, c’est trop compliqué, trop d’emmerdements, y a trop de choses impossibles à régler »</em>. Et finalement, en avançant dans cette succession, je me suis aperçu qu’il y a une sorte de providence, de facilité… Cela se règle peut-être d’en haut, c’est peut-être elle qui règle les problèmes les uns après les autres…</p>
<p><strong></strong><strong>A quel moment vous vous êtes rendu compte que sa succession pourrait être un poids très lourd à porter ?</strong></p>
<p><strong></strong> Je m’en suis pas rendu compte tout de suite. Mais avec l&rsquo;avocat, dès qu’on ouvrait un nouveau tiroir, on s’apercevait qu’il y avait des choses affreuses dedans. Il nous a donc fallu du temps pour découvrir l’ampleur du massacre.<em> Il nous raconte alors, comment le fisc « piaffait d&rsquo;impatience car il n&rsquo;arrivait pas à se décider sur la succession » découvrant en appelant les trésoreries du 6<sup>ème</sup>, le 7<sup>ème</sup>, le 13<sup>ème</sup> arrondissement, et Honfleur qu&rsquo;il y en avait pour un million d’euros.</em></p>
<p><strong></strong><strong> Vous lui en voulez de vous avoir laissé ce fardeau?<br />
</strong></p>
<p><strong></strong> Non, pas du tout.Car je sais qu’elle a été vraiment débordée. A la fin de sa vie, la pauvre, était complètement accablée, cernée et incapable de réagir. Les choses se sont accumulées autour d’elle sans qu’elle puisse vraiment les empêcher.</p>
<p><strong>Quand l&rsquo;avez-vous vue pour la dernière fois ?</strong></p>
<p>Le jour de sa mort. Elle n&rsquo;était plus toute à fait consciente. De toutes les façons, on ne parlait pas de choses sérieuses, ni d&rsquo;affaires, ni d&rsquo;argent.</p>
<p><strong>Etait-elle préoccupée par l&rsquo;image qu&rsquo;elle laisserait?</strong></p>
<p>Non, elle s&rsquo;en foutait complètement. Ça ne l’intéressait pas. Elle pensait qu’après la mort, il y a rien. Qu’après sa disparition, on allait tirer un trait. Elle avait toutefois<strong></strong> écrit son épitaphe au cours d’une interview avec Jérôme Garcin, comme ça, en deux secondes devant lui.<span style="color: #000000;"><em><span style="font-family: georgia,times new roman,times,serif;"> &lsquo;Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, « Bonjour tristesse », qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »</span></em></span> Elle ne se prenait pas au sérieux. Ni elle, ni son œuvre.</p>
<p><strong></strong><strong>Et quand elle dit d’elle-même, « une vie bâclée » ?</strong></p>
<p><strong></strong> Je pense qu’elle fait référence à cette image que les gens ont d’elle. D’une femme qui a vécu une vie complètement dissolue. Qui a joué au casino. Qui a roulé à 200 à l’heure en Ferrari. Qui a dépensé de l’argent. Qui a entretenu tout une bande de gigolos… C’est ça la vie bâclée, mais sa vie n’était pas bâclée !</p>
<p><strong></strong><strong>Qui était la vraie Sagan ?</strong></p>
<p><strong></strong>Il faudra lire mon livre, celui que j’écris… (rires)</p>
<p><strong></strong> <strong>Justement vous vous attachez à rétablir la vérité… la réalité ?</strong></p>
<p><em><strong></strong></em><strong></strong> Vous savez lutter contre des légendes absurdes, ce n’est pas très difficile. Qu’elle roule pieds nus en Jaguar, ce n’est pas très important.<em> </em></p>
<p><em></em><em>Une</em><em> maquette de Ferrari noire est sur l’étagère face à nous, celle de sa mère</em><em>, dans laquelle il s&rsquo;installait quand il avait cinq ans.<strong></strong><strong></strong> Et dont il se souvient de l’odeur et du bruit.<br />
</em></p>
<p><strong>Était-elle une bonne mère?</strong></p>
<p>Oui, elle faisait très attention à mon éducation, même si elle n&rsquo;était pas toujours là. Elle veillait à ce que je sois bien habillé, à l&rsquo;école à l&rsquo;heure, que je fasse bien mes devoirs et que je sois bien élevé. Quand on a vécu avec quelqu&rsquo;un comme ça, on est sur son modèle, inspiré par elle d&rsquo;une certaine manière. Par ailleurs, j’ai toujours dissocié la mère de l&rsquo;écrivain. J’ai eu un rapport avec elle qui était vraiment de fils à mère.</p>
<p><strong> <strong>Cela vous a-t-il  protégé de v</strong>ous appeler Westhoff?<br />
</strong></p>
<p>Oui, c&rsquo;est le nom de mon père. Elle ne voulait pas que je m’appelle Sagan, que je sois sur les couvertures de magazines exhibé devant les caméras ou les appareils photos.<strong></strong> C’est vrai qu’à l’école, c’était parfois embêtant, j’étais un peu montré du doigt; le professeur le savait, le directeur de l&rsquo;école aussi. Il faut dire qu&rsquo;à l&rsquo;époque, elle était vraiment une star.</p>
<p><strong>Et vous viviez cela comment ?</strong></p>
<p>Très bien, puisque je gardais ce rapport avec elle, tout à fait innocent. J&rsquo;avais ce lien de fils à mère. Humain, complice, tendre et affectueux.</p>
<p><strong>Quel âge aviez-vous lorsqu&rsquo;elle est morte?</strong></p>
<p>42 ans. Je me suis alors rendu compte que j&rsquo;étais vraiment orphelin au moment où je me suis retrouvé noyé dans toute cette paperasse. Mais j&rsquo;avais pris la décision au départ d&rsquo;accepter la succession. La décision d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au bout. Au début je pensais pouvoir continuer à être photographe, mais je me suis aperçue qu&rsquo;il y avait tellement de travail qu&rsquo;il n&rsquo;était pas possible de faire les deux.</p>
<p><strong>Dans « Les yeux de soie », publié chez Stock, quelle nouvelle préférez-vous?</strong></p>
<p>J’aime beaucoup <em>La Mort en Espadrille.</em> Ma mère avait une manière un peu particulière de créer ses histoires… Elle prenait un bloc de papiers, puis elle mettait des colonnes. Elle choisissait une époque, un lieu, elle choisissait les personnages… Et puis elle faisait une colonne par époque, une colonne par type de milieu social par exemple. Elle faisait des croix. Puis elle faisait correspondre. <em>« Tiens je vais faire une histoire qui se passe plutôt début XIXème siècle, avec des gens plutôt bourgeois de province, avec une histoire plutôt passionnelle… »</em> C’est comme ça qu’elle construisait ses histoires. Un jour, il y a très longtemps, on était rue Guilbert, je devais avoir 13, 14 ans, et c’était juste avant qu’elle sorte ce recueil de nouvelles et elle me dit : <em>« tiens on va écrire une nouvelle ensemble »</em>. Moi j’avais 13 ans. J’ai dit <em>« ah bon ? ».</em> <em>« Oui, oui, pense à une histoire… Sur quoi on part ?</em> » Puis on invente un personnage. Elle m’a dit, on va partir sur un groom. La personne qui travaille dans un casino et qui ouvre la porte aux gens qui arrivent en voiture. Peu après, elle m’a dit <em>« qu’est-ce qui se passe ? Y a un couple très élégant qui arrive pour jouer au casino… Puis non, en fait c’est une femme seule, très belle qui arrive. Elle prend sa voiture… Et le petit groom descend les marches, il va ouvrir les portes de la voiture. Il tombe nez à nez avec cette femme qui est une vraie beauté et qui est plus âgée que lui. Cette femme, visiblement seule, rentre dans le casino, joue,  et au petit matin, un petit peu éméchée, ayant perdu, retombe sur le groom. Elle lui dit alors : « est-ce que ça vous dirait d’aller faire un tour ? »</em> Ils montent tous les deux en voiture. Puis elle l’emmène sur un champ de course, parce que son mari a des chevaux de course. Et ils vont au petit matin, là où les chevaux courent, cette espèce de grande ligne droite qu’il y a dans les bois. Elle monte alors sur un cheval de course, qui part au triple galop, tombe et se tue. Toute cette histoire on l’a montée ensemble.</p>
<p><strong>Si votre mère était vivante aujourd&rsquo;hui, que direz t-elle d&rsquo;après vous ?</strong></p>
<p><strong></strong>Que ça ne l’intéresse plus. Elle serait en retrait et un peu dégoûtée,  sans soute par tout cela.</p>
<p>Deux heures se sont écoulées et le soleil commence à décliner. Un portable sonne. Denis Westhoff est attendu. Il nous offre quelques minutes de plus, le temps d&rsquo;immortaliser notre interview et de photographier un des carnets de note de sa mère &#8211; le seul qu&rsquo;il possède, les autres étant restés dans la maison de Honfleur qui appartient désormais à l&rsquo;amie de Sagan, Ingrid Mechoulam.  Nous repartons alors avec cette impression diffuse que dans cette pièce, c&rsquo;est bien Françoise et non Sagan qui était là.</p>
<h6 style="text-align: right;"><strong>                      Par Ulysse Gosset et Sarah Vernhes</strong></h6>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Yannick Alleno, un terrien étoilé</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/yannick-alleno-meurice-chef-un-terrien-etoile/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Feb 2012 13:59:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IL/ELLE]]></category>
		<category><![CDATA[chef]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
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		<category><![CDATA[Meurice]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-45384 size-full" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/yannick-alleno-e1539916094519.jpg" alt="" width="569" height="465" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/yannick-alleno-e1539916094519.jpg 569w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/yannick-alleno-e1539916094519-300x245.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 569px) 100vw, 569px" /></p>
<p>Yannick Alléno est devenu en quelques années une belle image de marque. Ses initiales s&rsquo;affichent sur son magazine, YAM et ses restaurants STAY; il s&rsquo;intéresse aussi au design-avec des plateaux en carbone, dessous d&rsquo;assiettes ou chaise bébé, a écrit un livre, et se montre fréquemment à la télévision. Un parfait exemple se dit-on de la nouvelle génération des chefs , hommes d&rsquo;affaires, multi-étoilés, courant la planète et les plateaux de télé. La Lozère de sa grand mère doit être bien loin et l&rsquo;authenticité des débuts, envolé. D&rsquo;ailleurs, il est en retard-<em>« une chose qui ne lui arrive jamais »</em> s&rsquo;excuse sa chargée de communication. Alors on attend dans les bureaux du sous-sol de l&rsquo;hôtel Meurice à regarder par la vitre les cuisines flambant neuves dans lesquelles s&rsquo;activent déjà les chefs de partie et autres commis, épilant des brins d&rsquo;aneth ou ciselant des pointes d&rsquo;asperges. On y perçoit l&rsquo;ambiance, l&rsquo;odeur en moins, avant le coup de feu comme l&rsquo;on dit-ce moment où tout s&rsquo;accélère pour que dans les salons dorés de l&rsquo;hôtel, les plats arrivent, parfaits et sublimes pour réjouir des palais prêts à se délester de plusieurs centaines d&rsquo;euros. Mais voilà la porte qui s&rsquo;ouvre. Le sourire est large;&nbsp; le chef aux trois étoiles&nbsp; est soudain là.&nbsp; Entièrement. Généreux, l’œil vif, les mouvements amples, on est saisi par sa simplicité, sa fraicheur, sa curiosité avec cette impression rare de le sentir au service des autres et à ce moment précis-de vous.</p>
<p><strong>D&rsquo;où arrivez vous? Et quand repartez vous?<br />
</strong></p>
<p>J&rsquo;étais sur le chantier de mon futur restaurant Terroir Parisien dans le 5ème arrondissement. Là, je vais faire la cuisine et je reste à Paris jusqu&rsquo;à la mi mars. Je ne pars à l&rsquo;étranger qu&rsquo;une semaine tous les mois et demi. C&rsquo;est vrai que je suis un peu insatiable; j&rsquo;aime construire, créer, prendre des risques. Mais je ne fais que mon métier. Quand je ne suis pas dans la cuisine du Meurice, je suis dans une autre cuisine. Je ne vais pas me perdre dans des choses qui ne me concernent pas. Je me suis associé avec une femme d&rsquo;affaire pour vendre mes restaurants à l&rsquo;étranger et je me suis arrangé pour que tous les gens qui m&rsquo;entourent me protègent de toute la « pollution ». Moi, je suis cuisinier; j&rsquo;arrive le matin, je prends ma veste et je bosse. Depuis l&rsquo;age de quinze ans, je suis là dedans, dans cette énergie. C&rsquo;est un peu foetal&#8230;</p>
<p><strong>Vous ne connaissez pas la lassitude?</strong></p>
<p>Je ne me suis encore&nbsp; jamais levé en ayant pas envie d&rsquo;y aller. La fatigue, oui, elle est de temps en temps là comme hier soir où c&rsquo;est moi qui ait éteint la lumière dans les cuisines à une heure du matin. La législation nous donne 35 heures de boulot, moi j&rsquo;en fais entre 70 à 80 par semaine, alors j&rsquo;ai deux fois plus de temps pour bosser. Mais, dans les faits,&nbsp; je ne travaille pas, je vis ma passion. C&rsquo;est un sacerdoce, sinon ce serait ingérable.</p>
<p><strong>Comment ressentez vous ce fossé grandissant entre ceux qui ont la chance d&rsquo;être vos clients et la majorité grandissante de gens qui restent sur le quai en ce moment?</strong></p>
<p>C&rsquo;est désolant, mais faut arrêter de se justifier par rapport à ce que l&rsquo;on fait. Je suis né derrière un comptoir de bistrot, je ne peux pas vous décrire meilleur école de vie. J&rsquo;ai tout vu, étant donné où le café était, à la limite de Colombe et Bezons. Que voulez vous faire, aujourd&rsquo;hui le luxe crée de l&#8217;emploi-ici au Meurice, c&rsquo;est 400 personnes qui travaillent. Dans mon prochain restaurant, les Terroirs Parisiens, c&rsquo;est 21 personnes que je vais recruter. Et derrière tout cela, il y a des fournisseurs et toute une filière que l&rsquo;on préserve. Pourquoi je travaille autant, c&rsquo;est parce que j&rsquo;ai peur aussi de cette précarité. Donc je n&rsquo;ai pas envie de me planter et je bosse car j&rsquo;ai été éduqué avec l&rsquo;idée que si tu travailles, tu y arrives. Je n&rsquo;ai jamais eu envie de vivre toute ma vie dans un studio; j&rsquo;ai une envie farouche d&rsquo;y arriver. Il n&rsquo;y a pas de honte à avoir sans compter que le luxe est aujourd&rsquo;hui un des moteurs forts de l&rsquo;économie</p>
<p><strong>Vous auriez pu faire un autre métier?</strong></p>
<p>Franchement, non. J&rsquo;ai toujours dit que je voulais ma troisième étoile avant mes quarante ans. Si je n&rsquo;avais pas réussi, j&rsquo;aurai fait ce métier mais autrement; je pense qu&rsquo;il y a plein d&rsquo;autres voies. Mais, comme je suis incapable de me mettre dans un bureau, je suis condamné à faire quelque chose de manuel. Malheureusement,&nbsp; la société aujourd&rsquo;hui dévalorise beaucoup tous ces métiers qui consistent à être au service des autres. Regardez aujourd&rsquo;hui la valorisation d&rsquo;une hôtesse de l&rsquo;air! On va de plus en plus vers ce qui est « faux » comme ce que l&rsquo;on fait miroiter aux jeunes à la télé. Ainsi, il y a toutes ces émissions autour de la cuisine mais dans la réalité, entre ceux qui commencent et ceux qui finissent, c&rsquo;est moins de 10%; vous savez, c&rsquo;est un métier dur, on bosse quand les autres s&rsquo;amusent, à Noël, au Jour de l&rsquo;an.</p>
<p><strong>Quel est votre position vis à vis des produits bio?</strong></p>
<p>Le problème, c&rsquo;est qu&rsquo;il faut le garantir. Ça m&rsquo;intéresse beaucoup, j&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs travaillé avec Bruno Le Maire, le Ministre de l&rsquo;Agriculture autour du problème de la PAC. Nous faisons en France avant tout de la diversité ce qui n&rsquo;intéresse pas du tout l&rsquo;Europe, laquelle veut avant tout nourrir la masse. On a travaillé ensemble six mois sur ça, en y allant une fois par semaine&nbsp; et on a bossé pour défendre notre diversité. Mon travail sur le terroir parisien, c&rsquo;est quatre ans de combat. Il y a aujourd&rsquo;hui un label. Il faut avoir confiance dans l&rsquo;homme aussi.</p>
<p><em>Il me raconte alors comment les voitures consomment de moins en moins, les avions aussi et qu&rsquo;il apprend tout cela en étant souvent sur le net ou en parlant aux gens, en les écoutant dans les avions, partout où il est, où il va. Puis , il me montre les assiettes et les plateaux en argent&nbsp; devant nous, leur poids, leur coût et comment il a changé cela avec des plateaux en carbone-plus légers et rendant le service en salle plus élégant et des anneaux d&rsquo;assiettes qui restent sur la table afin d&rsquo;avoir des assiettes moins coûteuse en cuisine, là où il y a beaucoup de casse.</em></p>
<p>Un oeil discret sur sa montre. Voilà, c&rsquo;est fini. Le service n&rsquo;attend pas, passage en cuisine; pas de « bonjour, chef  » crié quand il entre. Non, Yannick Alléno se met à circuler avec évidence et souplesse, regardant les produits frais qui l&rsquo;attendent. Il fait une chaleur presqu&rsquo;étouffante. Les odeurs sont là, partout. Devant un court bouillon, il s&rsquo;arrête, trempe une cuillère pour me le faire goûter. Ce sera tout. Un amuse bouche comme l&rsquo;on dit, juste quelques minutes avant de s&rsquo;adonner à sa passion qui dévorante, n&rsquo;attend pas&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<h6 style="text-align: right;">Par Laetitia Monsacré</h6>
<p>&nbsp;</p>
<p>YAM, magazine disponible en kiosques tous les deux mois avec des recettes- 9,50 euros<br />
Informations sur les restaurants à retrouver sur le <a href="http://www.yannick-alleno.com">site</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>&nbsp;</em></p><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/yannick-alleno-meurice-chef-un-terrien-etoile/">Yannick Alleno, un terrien étoilé</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Olivier Py, Le théâtre avant tout</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/le-theatre-avant-tout-olivier-py-odeon-avignon-theatre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Oct 2011 22:57:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[IL/ELLE]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Py]]></category>
		<category><![CDATA[Théatre]]></category>
		<category><![CDATA[théâtre de l'Odéon]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.jimlepariser.fr/le-theatre-avant-tout-olivier-py-odeon-avignon-theatre/olivier_py/" rel="attachment wp-att-1486"><img decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-1486" title="olivier_py" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/olivier_py-250x300.jpg" alt="" width="250" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/olivier_py-250x300.jpg 250w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/olivier_py.jpg 269w" sizes="(max-width: 250px) 100vw, 250px" /></a></p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Py">Olivier Py</a> n&rsquo;a pas de secrétaire. Et ne fait pas attendre, dévalant comme un jeune homme l&rsquo; escalier de l&rsquo;entrée des artistes du <a href="http://www.theatre-odeon.fr/">Théâtre de l&rsquo;Odéon</a>. L&rsquo;égo bien placé en quelque sorte, là où il doit être-dans son oeuvre. Celle ci est nombreuse et variée -plus d&rsquo;une vingtaine de pièces écrites et mises en scène,&nbsp; une dizaine écrites par d&rsquo;autres auteurs,&nbsp; des opéras montés sur toutes les grandes scènes européennes et autant de films comme acteur plus un téléfilm pour Arte, les Yeux fermées en 2000 comme réalisateur. Tout cela depuis qu&rsquo;il a créé il y a vingt trois ans sa compagnie « Au nom des boutures », lesquelles semblent avoir&nbsp;bien prises avec sa nomination en 2007 à la direction de ce théâtre mythique dont il devra passer le relais à Luc Bondy en mars prochain. En attendant, en ce début d&rsquo;automne, il fait beau, l&rsquo;occasion de profiter de la terrasse sur l&rsquo;esplanade du théâtre, lieu convivial par excellence qu&rsquo;il a initié,&nbsp; concevant définitivement le théâtre comme un tout.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Comment le jeune homme né il y un peu plus de quarante ans dans le petit village de Mouans Sartoux près de Grasse s&rsquo;est -il retrouvé là?</strong> <strong>Vous aviez de l&rsquo;ambition?</strong></p>
<p>Certainement&#8230; Je suis monté à Paris pour faire une khâgne et une hypokhâgne après un bac scientifique, ma première erreur d&rsquo;orientation! J&rsquo;étais au lycée Fénelon, un peu plus bas-<em>il montre la rue</em>-et puis en même temps j&rsquo;ai commencé à écrire, à monter des spectacles&nbsp; et&nbsp; je suis entré au Conservatoire.</p>
<p><strong>Le théâtre s&rsquo;est imposé comment?</strong></p>
<p>A cette époque, je voulais tout faire; du cinéma, du théâtre, chanter- qui est une autre grande passion de ma vie (qu&rsquo;il assouvit pleinement avec la mise en scène d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;opéras dont un magistral Rake&rsquo;s Progress à Garnier en 2008 et le très inspiré Mathis le peintre à Bastille l&rsquo;an dernier). J&rsquo;avais un peu trop de destins, la vie a choisi pour moi!&nbsp; J&rsquo;ai raté l&rsquo;Idhec ( célèbre école de cinéma) et cela a été très constructif comme le sont souvent les échecs&#8230;Alors, j&rsquo;ai travaillé,&nbsp; surtout dans l&rsquo;underground- je n&rsquo;étais pas très institutionnel, non plutôt franc tireur. Il y a eu beaucoup de petits spectacles qui m&rsquo;ont permis de constituer une famille. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs avec eux que je travaille encore aujourd&rsquo;hui comme Pierre André Weitz, mon décorateur ou Michel Fau, mon partenaire éternel.</p>
<p><strong>Michel Fau est justement passé dans le théâtre privé. C&rsquo;est quelque chose que vous auriez pu faire?</strong></p>
<p>Ah non, j&rsquo;aime passionement le public. Mais je n&rsquo;ai rien contre le privé. Il faut le défendre d&rsquo;ailleurs. Non, dans le théâtre public, j&rsquo;aime l&rsquo;idée de responsabilité, que l&rsquo;on est redevable au citoyen. On a une responsabilité politique- moi, je suis content lorsque je vois qu&rsquo;on a élargi socialement le public. Je pense que c&rsquo;est le politique que j&rsquo;aime. Mais on peut faire de grandes choses également dans le privé comme avoir des actrices comme Audrey Tautou, merveilleuse dans la Maison de poupée d&rsquo;Ibsen&nbsp; et avec laquelle je serais ravi de travailler.</p>
<p><em>Les boissons commandées arrivent. Olivier Py attrape ma carafe d&rsquo;eau , « Je vous en prends un peu, Ah merci! » pour « mouiller » son café</em>. <em>Le ton est directif, rapide. J&rsquo;apprends qu&rsquo;un café avec du sirop d&rsquo;orgeat s&rsquo;appelle un velours-cet homme dont la voix semble ne pas avoir fini de muer- a décidément réponse à tout.</em></p>
<p>V<strong>ous êtes triste de quitter ce théâtre où vous étiez fort apprécié?</strong></p>
<p>Ils sont malheureux? Pas tous, ils sont 150 et je ne pense pas qu&rsquo;il seront tous à pleurer sur le perron du Théâtre au mois de mars<strong>!</strong> On s&rsquo;attache aux gens mais c&rsquo;est surtout l&rsquo;idée de mettre un coup d&rsquo;arrêt à un projet qui n&rsquo;était pas seulement culturel. C&rsquo;était aussi&nbsp; un projet social et politique. Ce café par exemple, ça a été une vraie bataille pour qu&rsquo;il existe, j&rsquo;ai quand même mis deux ans pour y arriver. Aujourd&rsquo;hui, je dois partir mais enfin, on ne m&rsquo;a rien reproché! <em>Il répéte, la voix un peu éteinte. </em>On ne m&rsquo; a rien reproché, non,&nbsp; le Ministre ( Frédéric Mitterrand)&nbsp; ne m&rsquo;a rien reproché. Je lui reconnais cela, il ne m&rsquo;a rien reproché.<em> Il reprend un peu perdu dans ses pensées. </em>Il m&rsquo;a reproché de ne pas être assez européen ( Le théâtre de l&rsquo;Odéon a été rebaptisé théâtre de l&rsquo;Europe en 1990) mais j&rsquo;ai pu lui démontrer assez vite qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas bien travaillé sur ses dossiers et que c&rsquo;était plutôt l&rsquo;inverse. Que l&rsquo;activité européenne au contraire avait été extraordinairement élargie. Et il l&rsquo;a reconnu donc voilà, on ne m&rsquo;a rien reproché.</p>
<p><strong>Qu&rsquo;avez vous préféré faire pendant ces cinq ans?</strong></p>
<p>Du théâtre.<em> La réponse a fusé. </em>Non,&nbsp; mais au moins je parle sincèrement ! D&rsquo;abord les spectacles que j&rsquo;ai pu faire en tant qu&rsquo;artiste&nbsp; et que j&rsquo;ai pu coproduire. S&rsquo;il on devait ne se souvenir que d&rsquo;un? Les Enfants de Saturne car c&rsquo;est celui que tout le monde a détesté! Non, bien sûr parce que c&rsquo;est mon préféré, car le plus radical, le plus dur, le plus violent. Une étoile noire dans mon ciel.</p>
<p><strong>Que peux-t&rsquo;on vous souhaiter à partir d&rsquo;avril?</strong></p>
<p>Déjà une belle année à l&rsquo;Odéon, il y a encore pratiquement une année où j&rsquo;ai essayé d&rsquo;avoir des spectacles classiques-Roméo et Juliette, Mademoiselle Julie et modernes, des découvertes et des valeurs confirmées comme Juliette Binoche avec un spectacle qui arrive d&rsquo;Avignon.</p>
<p><strong>Justement, ce spectacle a été l&rsquo;objet de pas&nbsp;mal de critiques</strong>&#8230;</p>
<p>Il va y avoir des modifications et le spectacle va être retravaillé. <em>Il s&rsquo;enflamme. </em>Mais, moi,&nbsp; les critiques ne m&rsquo;ont jamais fait faire de modifications! Enfin, les critiques professionnelles&#8230; d&rsquo;ailleurs je ne les lis pas. Bonnes ou mauvaises, je ne lis plus les critiques depuis dix ans. Maintenant, il y a des personnes qui connaissent bien mon oeuvre et dont j&rsquo;écoute l&rsquo;avis. <em>Il revient à la charge. </em>Non, je ne lis pas les critiques. C&rsquo;est très nocif je pense pour un créateur; quand c&rsquo;est mauvais ou quand c&rsquo;est bon. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs encore plus destructeur quand c&rsquo;est bon! <em>Le serveur lui apporte la note. « Je vais vous faire une signature lui dit-il tout doucement. Je suis le directeur du Théâtre. Un petit Cra-yon s&rsquo;il vous plait&#8230; » Il reprend,&nbsp; sans avoir perdu aucunement le fil de l&rsquo;entretien.</em> Alors, ce que l&rsquo;on peut me souhaitez? Bah, d&rsquo;avoir plein d&rsquo;énergie pour le festival d&rsquo;Avignon 2014 puisque c&rsquo;est mon destin! Je vais avoir un an et demi pour réfléchir à ce que l&rsquo;on veut faire de ce festival;comment y introduire du politique, du social. Et en ce moment je monte une pièce de moi même à Berlin, Die Sone qui sera reprise en mars. <em>Voyant que je l&rsquo;écrit avec un z, il me corrige- « c&rsquo;est&nbsp; le soleil, ah, vous n&rsquo;êtes pas très bonne en allemand visiblement&#8230; »</em>. Je suis arrivé ce matin et je repars demain. Ensuite il y aura le Prométhée, qui sera la dernière pièce d&rsquo;Eschyle- j&rsquo;aurai monté tout Eschyle à l&rsquo;Odéon- les sept pièces. Ce sera à Berthier, l&rsquo;autre salle de l&rsquo;Odéon.</p>
<p><strong>Vous auriez envie de quoi si je pouvais exaucer un de vos voeux?</strong></p>
<p>C&rsquo;est une bonne question, laissez moi réfléchir&#8230;J&rsquo;aimerais avoir une quinzaine d&rsquo;heures en plus par jour. Pour faire plaisir à ceux qui trouvent que j&rsquo;en fais un peu trop, je pourrais en faire encore un peu plus! C&rsquo;est bien, non?</p>
<p><em>Olivier Py est déjà debout, prêt à s&rsquo;envoler sans s&rsquo;attarder vers l&rsquo;entrée du Théâtre où il a une rencontre- sa préférence- avec le public.</em></p>
<h6 style="text-align: right;">par Laetitia Monsacré</h6><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/le-theatre-avant-tout-olivier-py-odeon-avignon-theatre/">Olivier Py, Le théâtre avant tout</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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