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	<title>Chine | Jim le Pariser</title>
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	<description>Un magazine en ligne cosmopolitain et sophistiqué</description>
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		<title>Mauvaise graine pour Pékin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Mar 2012 08:57:37 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/ai-weiwe.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-large wp-image-13972" title="ai weiwei Jeu de paumes" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/ai-weiwe-620x231.jpg" alt="" width="620" height="231" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/ai-weiwe-620x231.jpg 620w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/ai-weiwe-300x112.jpg 300w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/ai-weiwe-160x60.jpg 160w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/ai-weiwe-60x22.jpg 60w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/ai-weiwe-374x140.jpg 374w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/03/ai-weiwe.jpg 650w" sizes="(max-width: 620px) 100vw, 620px" /></a></p>
<p>Ai Weiwei au Jeu de Paume ! L’histoire est capable de jolis clins d’œil. Il n’est pas anodin que la première exposition importante en France de l’artiste chinois qui incarne aujourd’hui le combat pour la liberté et le respect des personnes se tienne dans un lieu dont le nom rappelle le serment que se firent, le 17 juin 1789 (à Versailles), les députés réunis pour les États généraux, de ne pas se séparer avant d’avoir élaboré une Constitution. Ce serment fut le prélude à l’abolition des privilèges de la noblesse, le 4 août suivant, et à la proclamation de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, trois semaines plus tard.</p>
<p>Les visiteurs qui se pressent pour visiter <em>Entrelacs</em> font-ils ce rapprochement ? Pas sûr. Cependant, il est impressionnant de voir qu’ils prennent le temps de détailler méticuleusement les œuvres présentées. Or celles-ci ne trouvent leur sens que dans la perspective qui habite l’artiste : Ai Weiwei pose la question de la liberté et du respect de l’individu dans un régime oppresseur. Il y répond en tissant des liens par l’utilisation des images et des réseaux, par la mise en jeu des marges de manœuvre qu’il identifie et fait jouer jusqu’à leur extrême limite, mettant ainsi le pouvoir à l’épreuve. Les autorités chinoises, elles, ont bien compris que le serment intime que s’est fait l’artiste de pousser le bouchon aussi loin que possible les met en situation de fragilité.</p>
<p><strong>Le pouvoir défié</strong></p>
<p>Invité en 2007 à la Documenta 12 de Kassel, en Allemagne (l’une des plus grandes expositions d’art contemporain au monde), Ai Weiwei imagine d’y présenter une installation vivante : il veut y faire venir 1 001 Chinois. Quand on sait la difficulté pour un Chinois d’obtenir un passeport puis un visa pour l’étranger, on prend la mesure du défi qu’il relève, mais aussi celui qu’il lance au pouvoir, pour réaliser ce <em>Conte de fée</em>. Les personnes recrutées représenteront toutes les couches de la société, et l’artiste n’oubliera ni les policiers, ni les gardiens de prison. Par ce geste artistique documenté dans toutes ses différentes phases (photos, enregistrements vidéo), il va évidemment chercher les limites du régime et en montre les contradictions à travers les personnes mêmes qu’il invite.</p>
<p>Après le séisme qui a ravagé le Sichuan faisant au moins 69 000 morts et près de cinq millions de sans-abri en 2008, Ai Weiwei se rend sur place. En voyant des centaines de cartable joncher le sol, il prend immédiatement conscience que la corruption et l’affairisme des pouvoirs publics sont responsables de la mort des milliers d’écoliers sur qui se sont effondrées les écoles construites à la va-vite. Il décide de tenter d’établir une liste des enfants victimes. Avec quelque deux cents volontaires, il en identifiera 5 212. Rien de politique, assure-t-il. Mais les autorités vont réagir brutalement, car une telle liste constitue en elle-même un désaveu formidable. Elles s’en prendront aux volontaires, aux assistants de l’artiste, puis à Ai Weiwei lui-même. En 2009, lorsqu’il viendra assister au procès de Tan Zuoren qui a commis le crime de créer un mémorial pour les enfants, il sera violemment agressé, frappé à la tête, au point de devoir être opéré en Allemagne car le coup aurait pu être fatal !</p>
<p>Comment le pouvoir de Pékin et ses satrapes provinciaux pourraient-ils tolérer cet homme qui ne cesse de mettre le doigt là où cela fait mal ? N’a-t-il pas dénoncé la transformation des JO en opération propagande alors qu’il était l’un des concepteurs du fameux stade en nid d’hirondelle ? Mais d’où lui vient cette insolence à l’égard des pouvoirs établis, des systèmes de pensées, des références supposées incontestables ? Il en donne toute la mesure dans la série des <em>Études en perspective</em> (1995-2010), dont la première se situe Place Tiananmen, en 1995. Au centre de l’image : un bras tendu, poing fermé à l’exception du majeur dressé vers le haut !</p>
<p><strong>Les inquiétudes de la dynastie rouge</strong></p>
<p>Son père sans doute, y est pour quelque chose. Grand poète chinois, Ai Qing fut lui-même condamné, sous Mao, à la relégation et à la rééducation dans des conditions profondément humiliantes. Toute la famille avait alors connu l’exil au Xinjiang. Il y avait déjà là de quoi nourrir une révolte. Cependant, il fallut attendre qu’Aï Weiwei fût rentré d’un long séjour aux États-Unis où il avait fréquenté Allan Ginsberg, découvert l’œuvre de Marcel Duchamp et le pop art, pour que cette « mauvaise graine » se révèle. Cette année-là, en 1993, Ai Qing, mourant, dit à son fils qu’il trouvait trop timide : « Weiwei, tu es ici chez toi. Tu n’es pas obligé d’être si poli. Fais ce que tu as envie de faire. » Le propos éclaire les œuvres qui vont suivre, comme la fameuse photo <em>June 1994</em>, où la future femme de l’artiste soulève sa jupe place Tiananmen, devant le portrait de Mao, ou <em>Droping a Han Dynasty Urn </em>(1995), une série de trois photos où l’on voit Ai Weiwei laisser tomber un vase qui se brise à ses pieds. On imagine sans peine que la « dynastie » rouge de Pékin s’est, elle aussi, sentie « lâchée »…</p>
<p>L’internet et le numérique ont donné à l’artiste les outils d’une extension de son œuvre. L’exposition du Jeu de Paume y accorde une large place en exposant une partie des milliers de messages et de photographies qu’Ai Weiwei a mis en circulation. C’est un esprit de liberté que distille ainsi l’artiste. Les autorités n’ont pas manqué d’y voir un ferment de rébellion. Aux yeux de beaucoup, en effet, l’artiste est devenu la voix des sans-voix, et à ce titre on lui rend hommage. D’où cette façon de l’appeler « oncle », de la part de nombre de ceux qui se sont adressés à lui sur Twitter…</p>
<p>Rarement les Chinois se sont reconnus dans un artiste. Mais lorsqu’après avoir été arrêté en avril dernier, et détenu quatre-vingt-un jours au secret, Ai Weiwei est condamné à une amende monumentale de 15 millions de yuans (1,8 million d’euros) pour une prétendue fraude fiscale, il verra affluer quelque 30 000 dons pour l’aider à verser un dépôt de 9 millions de yuans qui lui permet de contester la sanction. Le voilà devenu une figure populaire. C’est bien ce qui fait trembler Pékin, au point de tenter de le réduire au silence. La bataille est inégale, mais l’artiste n’a pas dit son dernier mot : le sort qui lui est fait contribue directement à la dénonciation du régime. Ainsi, le pouvoir lui-même devient-il le ferment de la révolution de jasmin dont il craint que de mauvais esprits ne la suscitent.</p>
<h6 style="text-align: right;">Par Jean-François Bouthors</h6>
<p>&nbsp;</p>
<div>Exposition au <a href="http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&amp;idArt=1500&amp;lieu=1">Jeu de Paumes</a>, Ai Weiwei : Entrelacs, du 21 février au 29 avril 2012</div><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/mauvaise-graine-pour-pekin-ai-weiwei-jeu-de-paume/">Mauvaise graine pour Pékin</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>The Shangaïer- Le prix de la Real Politik</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/the-shangaier-le-prix-de-la-real-politik/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Feb 2012 17:35:52 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-12602" title="merkelchineimages" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/merkelchineimages1.jpg" alt="" width="285" height="177" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/merkelchineimages1.jpg 285w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/merkelchineimages1-96x60.jpg 96w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/merkelchineimages1-60x37.jpg 60w" sizes="(max-width: 285px) 100vw, 285px" /></p>
<p>Quand Angela s&rsquo;en va chercher des sous&#8230;Pressée de résoudre l’endettement de ces états qui ne savent pas tenir leurs bourses et d’apparaitre comme le chevalier blanc dans la résolution d’une crise financière bien plus embarrassante pour les populations qui la subissent que pour les dirigeants qui en parlent, Angela Merkel, avec son charme si particulier, s’en est allée en Chine la semaine dernière. Dans ce qui pourrait être le début d’une fable annonçant,  non pas la fin du monde mais le changement des pôles économiques, l’Europe est la cigale, la Chine, la Fourmi et dans le rôle de celui qui se rince quoi qu’il arrive, le système bancaire international.</p>
<p>L’Europe est en pleine crise, il faut rassurer les marchés, les banquiers et tous ceux qui, du haut de leurs calculatrices, notent les pays et tranchent dans le budget des états comme dans celui des familles avec une facilité que seule confère le sentiment d’impunité. Si l’UE avait besoin de la Chine dans la gestion de plusieurs crises majeures (Iran, Syrie&#8230;), le voyage de Merkel avait principalement pour objectif de rassurer Pékin sur la solidité de l’Euro et de solliciter à nouveau la participation de la Chine au fond de secours européen. Fort des 550 milliards de dollars de dette européenne que la Chine possède déjà et sachant que plus il attendra, plus il obtiendra, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a été remarquablement éclairant quant à la suite des évènements :<em>«L&rsquo;argent que les Chinois veulent investir en Europe n&rsquo;est pas censé être de l&rsquo;aide au développement mais doit s&rsquo;avérer un investissement réussi, sur le plan économique et politique»</em> (source : article d’ <a href="http://www.presseurop.eu/fr/content/news-brief/1476571-pekin-renvoie-merkel-faire-ses-devoirs">Handelsblatt</a>, publié en traduction française sur  Press Europ).</p>
<p>Il est intéressant de relever la promiscuité de l’économie et du politique dans cette petite phrase d’un des hommes les plus puissants de la Planète. Si nous pouvons nous attendre à ce que le prix à payer pour l’aide chinoise soit couteux en termes de réparties économiques -levées de barrières protectionnistes dans l’UE, rôle plus important des pays émergents dans les décisions du FMI, prises de participations de groupes chinois dans des industries sensibles jadis protégées, il faut garder en tête, qu’en Chine, l’économie et la politique sont les deux faces d’un même masque avec de chaque côté une collusion souvent familiale.</p>
<p>Le 19 janvier dernier, Wang Chen, chef adjoint du Département de la communication du Comité central du Parti communiste chinois déclarait lors d’une conférence de presse que <em>«La Chine aura une attitude plus ouverte et adoptera davantage de mesures énergiques pour faire entendre sa voix en 2012, car le pays cherche à obtenir une plus grande compréhension du monde concernant ses valeurs et son mode de développement»</em>. Ainsi, <em>«obtenir une meilleure compréhension du monde»</em> pourrait se résumer par : «  <a href="http://french.china.org.cn/china/txt/2012-01/19/content_24443369.htm">La Chine renforcera sa voix en 2012</a>»(Titre de ce communiqué publié l’agence officielle de presse Xinhua). Les lecteurs avisés auront sans doute compris que pour se faire comprendre, les officiels chinois ont décidé de hausser le ton. En effet, renforcer sa voix n’implique en rien développer son écoute&#8230;</p>
<p><strong>Quand les caisses sont vides&#8230;</strong></p>
<p>Le même jour, Liu Wenmin, le porte-parole des affaires étrangères déclarait :<em>«la Chine s&rsquo;oppose à toutes les activités, sans exception, du dalaï-lama sur la scène internationale»</em>(source Xinhua). Alors que le cycle répression/immolations/émeutes/répression s’accélérait dans la province du Sichuan (il y aurait eu depuis mars dernier quelques 19 décès imputables aux immolations ainsi que de nombreux blessés), que les dissidents étaient les uns après les autres condamnés à de lourdes peines de prison -l’un pour avoir envoyé sur Skype un poème appelant à plus de démocratie, et que la voix de l’ambassadeur américain Locke s’élevait pour s’inquiéter de la montée en puissance de la répression en Chine, le message, à quelques jours du voyage d’Angela Merkel, était clair : business is business, ne parlons pas des droits de l’homme.</p>
<p>Et, c’est exactement ce qui s’est passé. La question des droits de l’homme, de la liberté d’expression est passé pratiquement sous silence. Angela Merkel a déclarée avoir eu une conversation «franche» sur ce sujet. Il est certain qu’un échange que l’on pourrait schématiser par :<em> « nous ne vous répondrons ni sur la répression, ni sur les morts, ni sur les dissidents, cela n’est pas votre affaire »</em> &#8211; peut être considéré comme une réponse franche à une question précise.</p>
<p>Mais attention, les apparences sont sauves. L’avocat de Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix qui purge une peine de 11 ans de prison pour <em>«incitation à la subversion du pouvoir de l‘Etat»</em>, était convié à un repas ou il aurait pu s’entretenir quelques instants avec cette digne représentante de la liberté de penser. Hélas, quelques minutes avant que ces délicieux plats du Guangdong ne sortent des cuisines et que maints toasts ne proclament cette amitié éternelle oubliée sitôt sorti de table, cet avocat des droits de l’homme recevait à son bureau la visite de trois policiers. Impossible selon l’étiquette et la politesse chinoise de les renvoyer. Que voulez-vous, il est très malpoli de mal recevoir des policiers qui vous rendent visite, surtout en Chine. Est ce leur faute si, le temps de prendre le thé et de discuter un peu de choses et d’autres, ils ne virent pas le temps passer ? Hélas, cet avocat manqua l’occasion de discuter avec la chancelière allemande. Même couac pour le rendez-vous prévu avec le rédacteur d’un journal progressiste qu’elle devait rencontrer.</p>
<p>Ainsi aucun sujet de brouille n’est venu entacher la tournée VRP de dame Angela. Silence radio donc sur des sujets qui pourtant enflammèrent l’Europe (et Merkel) en 2008 lors des émeutes qui ensanglantèrent le Tibet à la veille des Jeux Olympiques de Pékin. Pourtant, malgré toute cette bonne volonté, Angela est rentrée bredouille, sans un sou. Quelques jours après, la Chine posait aux côtés de la Russie son véto à la résolution de l’Onu sur la Syrie, prolongeant ainsi de facto le long calvaire des manifestants syriens.</p>
<p><strong>L’arme économique</strong></p>
<p>Sans doute l’Europe s’est-elle souvenue du boycott diplomatico-économique qui entacha lourdement les relations entre la France et la Chine lorsque en 2008 le président Sarkozy, malgré de nombreuses mises en garde de la diplomatie chinoise, s’en alla rencontrer en Pologne le Dalaï Lama. Pourtant, à l’opposé des américains qui attaquent frontalement la Chine pour mieux négocier ensuite, l’Europe semble, du moins dans nos journaux, bien discrète en ce moment sur ces questions. Il est évident que la manière dont nos diplomates répondent -ou pas- à la répression que subissent opposants, croyants ou simples paysans -une étude récente de l’université du Peuple de Pékin effectuée dans 17 provinces considère qu’environ 43% des paysans chinois ont été spoliés de leurs droits lors d’expropriations- sera utilisée par Pékin comme test de la réelle importance que nous apportons aux valeurs «humaines» à l’aune de nos besoins en financement.</p>
<p><strong>Un modèle à suivre&#8230;</strong></p>
<p>Sans doute les gouvernants chinois sont-ils aussi conscients que de l’Occident à l’Orient les rôles se sont inversés, que d’atelier du monde, la Chine en est devenu le moteur économique, avec le pouvoir qui y est lié. Dans le contexte de la débâcle financière des nations occidentales -un grand merci en passant aux banquiers et autres fonds spéculatifs et de la montée en puissance des économies des pays émergents &#8211; dont la plupart sont des partenaires économiques privilégiés du gouvernement de Pékin- la Chine se pose non seulement comme une grande puissance, mais aussi comme celle qui n’a plus à recevoir de leçons. En fait, les dirigeants chinois ont analysé et assimilé- le contre-pouvoir démocratique en moins- le modus operandi du libéralisme débridé de nos quarante dernières années. Après tout, le modèle courant qu’adopte la Chine pour son expansion internationale n’est pas sans rappeler les meilleurs faits d’armes de l’opportunisme sans âme développé par les plus beaux fleurons de nos économies occidentales.</p>
<p>Quand la Chine prête aux pays émergents pour des projets d’infra-structure par exemple, l’argent prêté l’est souvent à la condition que les entreprises de BTP soient chinoises. Dans de très nombreux cas, et hormis les«cadeaux» et commissions faits aux décisionnaires et intermédiaires locaux, l’argent passe directement des banques chinoises aux entreprises chinoises chargées des travaux. Aux Etats récipiendaires de ces aides de rembourser leur dette et de renvoyer la balle sur d’autres domaines, comme les ressources énergétiques par exemple. Rien de très nouveau sous le soleil car on pourrait se souvenir de quelques zones d’influences où nous fonctionnions exactement de la même manière. L’importance du FMI, de la Banque Mondiale et autres organisations internationales dans la restructuration d’économies en difficulté n’a pas échappé à Pékin et c’est la raison pour laquelle le discours officiel insiste sur une plus grande représentativité de la Chine dans ses institutions. <em>« La Chine peut offrir son aide, mais nous avons aussi besoin de promesses du côté européen. Celui-ci ne peut pas demander de l&rsquo;aide sans prendre des mesures pour s&rsquo;aider lui-même ou faire avancer la réforme (du FMI). »</em>, éclaire Liu Daokui, conseiller et membre du comité de la politique monétaire de la Banque centrale de Chine (source : China internet information center le 30 janvier). Accorder une plus grande part aux pays émergents dans les votes du FMI revient à augmenter l’influence de Pékin car les liens dont la Chine dispose dans ces pays sont d’importants leviers de persuasion&#8230;</p>
<p><strong>Un circuit fermé</strong></p>
<p>Le Premier ministre Wen Jiabao a de son côté déclaré pendant le séjour d’Angela Merkel que la Chine n’avait ni <em>«l’intention, ni les moyens d’acheter l’Europe».</em> En fait, il faut peut être comprendre que la Chine à moins l’intention de racheter la dette européenne que d’investir, directement par ses fonds souverains et indirectement par ses entreprises, dans des secteurs aussi utiles pour soutenir sa consommation intérieure que pour développer les débouchés des produits chinois en Europe. En fait, si l’Europe montre des signes de faiblesse, pourquoi ne pas distribuer directement en éliminant au passage les intermédiaires européens&#8230; Il semble probable que le gouvernement chinois utilise la carotte de la dette comme outil diplomatique afin de faciliter la prise de participation d’entreprises chinoises dans des secteurs sensibles de l’économie européenne. Parallèlement, il joue le rôle de   bailleur de fonds pour ces mêmes entreprises en leur fournissant, par le biais des banques d’état, des prêts bancaires à faible taux d’intérêt.</p>
<p>Accessoirement, la multiplication de ces prises de participation dans l’économie internationale, édictée dans le cadre d’un programme du Parti que l’on appelle en anglais la Going Out policy, ainsi que son pendant «culturel», le très officiel plan de développement international du «Soft Power» chinois, qui prend la forme par exemple de l’implantation de médias chinois comme le China Daily aux Etats Unis, l’établissement de centaines de centres culturels chinois de par le monde ou encore l’établissement d’un fond d’investissement dans l’industrie cinématographique à Hollywood, permettent également de sortir du pays d’importants montants de liquidités au moment ou l’immobilier et les valeurs boursières dégringolent et ou la grogne sociale se fait entendre de plus en plus violemment.</p>
<p><strong>Quand la Chine remercie le FMI</strong></p>
<p>Il n’est pas question ici de diaboliser les investissements chinois mais bien de savoir quels sont leurs objectifs. Ceux-ci ont le mérite d’être clairement énoncés. Ecoutons ce que dit Wei Jiafu, le PDG de Cosco, le géant chinois qui a acheté les deux terminaux du Port du Pirée : <em>« Je suis venu redonner au port du Pirée sa position d’antan. J’espère en faire le port marchand le plus important de Méditerranée d’ici un an.</em> » Il y a un dicton en chinois qui dit : &lsquo;Construis le nid de l’aigle et l’aigle viendra&rsquo;. Nous avons construit ce nid dans votre pays pour attirer les aigles chinois. » (Daily Telegraph, juillet 2010).</p>
<p>Les amateurs apprécieront certainement ce détournement d’image ou l’aigle, animal ô combien symbolique qui représente la puissance américaine dans l’imaginaire mondial, est élégamment détourné pour illustrer l’implantation européenne de l’économie chinoise&#8230; Le but est clair, l’entreprise s’appelle la Chine. Le reste, les locaux, les ouvriers, l’histoire même du Pirée, n’ont aucune importance. Seul importe le «nid» pour les aigles chinois. Avec un sourire que l’on imagine aisément narquois il conclu : <em>«C’est le cadeau de la Chine à la Grèce»&#8230;</em> Utiliser les ports est un outil fondamental autant pour sécuriser les acheminements de ces ressources dont la Chine a tellement besoin (matériaux, nourriture, énergie) que pour servir de plateforme pour inonder l’Europe et les Balkans de produits chinois. La messe est dite. Le gouvernement chinois doit bénir le FMI et les agences de notation de lui donner en ce moment un tel territoire de jeu.</p>
<p><strong>En toute franchise &#8230;</strong></p>
<p>Ce qu’il y a remarquable dans ces déclarations, c’est la franchise avec laquelle les dirigeants chinois exposent leur feuille de route. Il suffit de l’écouter ou de la lire dans les communiqués. Pourtant, sans la juger, il ne faut pas penser une seule seconde que l’attitude des dirigeants chinois soit différente en dehors de Chine de ce qu’elle est en interne. Derrière le masque et les belles images, se cache une franchise, une rudesse, une violence qui a ponctuée aux côtés de la littérature, de la poésie et de merveilleuses réalisations l’histoire de la Chine depuis sa création. Penser que cette intransigeance ne passera pas les frontières relève peut être du voeu pieux. Il faut regarder ce que 30 ans de développement incontrôlé ont fait de la Chine. La désertification est galopante, la pollution omniprésente, les inégalités de plus en plus flagrantes, les violences de plus en plus récurrentes. Si l’Europe accueille, à juste titre, des investissements chinois, elle se doit d’être, tant en terme de valeurs que de lois, d’une volonté à tout épreuve car, pour nos amis chinois, comme pour les faucons des multinationales, le long terme se compte non pas en années mais en jours, peu importe le coût pour les populations présentes et à venir&#8230;</p>
<h6 style="text-align: right;"></h6>
<h6 style="text-align: right;">Par Matthieu Emmanuel</h6><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/the-shangaier-le-prix-de-la-real-politik/">The Shangaïer- Le prix de la Real Politik</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Plateau télé</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/plateau-tele/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Feb 2012 17:45:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un vendredi soir sur terre, le vent sibérien en plus, les températures proches de zéro. Opéra, cinéma, théâtre, diner au restaurant, bien peu tentants&#8230;La télévision est là, au garde à vous, prête à inonder d&#8217;images sur un simple clic. Sur [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-12640" title="tvimages" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/tvimages.jpg" alt="" width="256" height="197" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/tvimages.jpg 256w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/tvimages-77x60.jpg 77w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/02/tvimages-60x46.jpg 60w" sizes="(max-width: 256px) 100vw, 256px" /></p>
<p>Un vendredi soir sur terre, le vent sibérien en plus, les températures proches de zéro. Opéra, cinéma, théâtre, diner au restaurant, bien peu tentants&#8230;La télévision est là, au garde à vous, prête à inonder d&rsquo;images sur un simple clic. Sur TF1, France 2, on mise sur le  rire, les filles maquillées, les jeux et les couleurs criardes, CSP- et cerveaux endoloris. Quelques chaînes plus loin, bienvenu à Wenzhou; là, pas question de rigoler. De cette ville chinoise de 7,5 millions d&rsquo;habitants, sortent chaque jour des millions de chaussures, celles que l&rsquo;on trouve chez nous pour moins cher qu&rsquo;une entrecôte. Les employés dorment à six dans des dortoirs mais sont devenus trop chers-il y a dix ans, c&rsquo;étaient dix par pièce et par terre. Alors le patron qui roule en Mercedes avec chauffeur et dont la femme tient une de ses usines à Shangaï-ne voyant ses jeunes enfants que le week-end- délocalise déjà  en Afrique.</p>
<p><strong>Bidonvilles et alcoolisme</strong></p>
<p>De quoi gagner encore plus d&rsquo;argent pour envoyer sa fille étudier aux États-Unis pour qu&rsquo;elle apprenne à baisser encore plus les coût de fabrication; 5 euros aujourd&rsquo;hui pour des chaussures revendues 100 euros chez nous et ainsi avec la marge, s&rsquo; acheter des sacs Vuitton qui ici, coutent beaucoup plus cher qu&rsquo;en France- ce qui en fait toute leur valeur. A la périphérie de la ville, une famille avec huit enfants vit dans un bidonville, triant les déchets industriels, le plus souvent toxique et les rejettent dans la rivière tout proche. La mondialisation en trois leçons. Zap, zap,  France 3, voilà la fin de  Thalassa- en Australie; terre volée aux aborigènes tout comme l&rsquo;Amérique aux Indiens. Massacrés, ceux qui restent ont été parqués dans des no man&rsquo;s land où l&rsquo;on a veillé à leur fournir de l&rsquo;alcool pour les rendre inoffensifs. Résultat 80 % de chômage mais le gentil homme blanc est prêt à les aider, en tous cas le reportage se conclut sur cette note optimiste, émission familiale oblige. Zap, zap, nous voici sur les routes de France avec ceux qui les parcourent à longueur de temps, les chauffeurs routiers. Ils trichent avec leurs disques pour tenir les délais imposés par leur transporteur; pris par la Police, l&rsquo;amende est, de fait,  pour eux. Alors pour se remettre de cette vie si dure et si injuste, il s&rsquo;arrêtent dans les routiers où le vin est à volonté. Oui, oui, vous avez bien lu, à volonté. Une tradition qui n&rsquo;est pas prête de changer vu que jamais aucun restaurateur n&rsquo;a été inculpé. Pourtant,  ivre mort en sortant de l&rsquo;un d&rsquo; eux, un chauffeur a parcouru avec son semi remorque 45 km avant de traverser l&rsquo;autoroute et de finir dans les vignes, sans tuer personne.</p>
<p><strong>Bakchich et cannibalisme</strong></p>
<p>L&rsquo;histoire finit donc bien, ce qui est logique pour  un documentaire, sinon  ça devient un fait divers au journal télévisé. Autre semi remorque, cette fois ci remplis de vaches; 29 heures de route pour arriver à la frontière Biélorusse. Là en comptant huit heures d&rsquo;attente et des backchich,-environ 300 euros- on passe en Russie où les routes sont pleines de trous et de fous qui doublent- le routier passe à coté d&rsquo;une voiture fumante, un sac plastique renferment un corps sans même s&rsquo;émouvoir, la routine. Il faut dire qu&rsquo;il lui reste encore 15 heures de route et qu&rsquo;il fait 30°. On imagine l&rsquo;état des vaches&#8230;En conclusion on apprend qu&rsquo;un routier fait environ 46 heures par semaine. Merci de nous avoir regardé. Zap, zap, pitié un peu de détente&#8230;Les nouveaux chefs sont cumulards-Gordon Ramsay, tyran en cuisine a 25 restaurants et dix étoiles à lui tout seul; il est anglais, assisté par un italien et c&rsquo;est désormais lui qui officie au Petit Trianon, de quoi faire découvrir aux Versaillais que la gastronomie française, c&rsquo;est dépassé. Question? Servent-ils des crabes d&rsquo;Alaska, ces géants dont le programme de real Tv « Péril en haute mer « nous montre les conditions effroyables de pêche, en mer démontée de Beiring, de nuit sur des chalutiers où les hommes manquent à chaque seconde de glisser? Black out total, panne d&rsquo;électricité à bord, il fait nuit, on tremble pour eux, un court circuit, le feu pourrait se déclarer, les lampes torches sont introuvables- publicité. Rezap, France 5, les enfants mineurs incarcérés-<em> « tu voudrais faire quoi dans la vie? »  &#8211;</em>Être riche. »<em>Tu voudrais travailler alors? « </em>. -Non<em>. » Tu aimes quoi?</em> « -Rien. L&rsquo;un d&rsquo;eux a commencé à 11 ans. La délinquance est-elle dans les gènes? En attendant, il ira en cellule d&rsquo;isolement pour avoir insulté une éducatrice. <em>« Je deviens fou là- bas, le problème est dans ma tête »</em>. Et le restera, la prison n&rsquo;est pas là pour cela. Il est presque deux heures, l&rsquo;heure des documentaires animaliers. Un léopard attaque un bébé babouin. Sa mère veillera le cadavre trois jours durant avant de comprendre que c&rsquo;est fini. Plus loin, les crocodiles mangent leurs petits et du coté du lion, les lionceaux sont servis en dernier et doivent une fois grandis quitter la fratrie, le lion dominant ne supportant pas la concurrence. Voilà, c&rsquo;était une soirée sur terre et des échantillons de la douceur d&rsquo;y vivre&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<h6 style="text-align: right;">Par Laetitia Monsacré</h6><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/plateau-tele/">Plateau télé</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Pandas et dragons</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/pandas-et-dragons/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 17:23:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[Pandas]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<div><a href="https://www.jimlepariser.fr/pandas-et-dragons/pandaimages-2/" rel="attachment wp-att-11462"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-11462" title="pandaimages" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/01/pandaimages1.jpg" alt="" width="275" height="183" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/01/pandaimages1.jpg 275w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/01/pandaimages1-90x60.jpg 90w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2012/01/pandaimages1-60x39.jpg 60w" sizes="auto, (max-width: 275px) 100vw, 275px" /></a></div>
<p>Il y a quinze jours, deux Pandas décollaient du Sichuan en avion privé pour être reçus en France comme le symbole de la douceur, de l’amitié et de la paix. Alors que l’avion se posait sur le sol français, on apprenait que la police chinoise tirait à balles réelles sur des manifestants dans cette province que ces deux boules de poils venaient à peine de quitter.</p>
<p>Sous l’oeil et la plume bienveillante des quelques 100 journalistes qui relatèrent l’évènement -comprendre l’atterrissage d’un avion aux couleurs du panda et du logo d’un leader du transport express mondial, officiels et analystes se retrouvaient pour célébrer leur arrivée comme un «événement diplomatique» majeur, signe fort du réchauffement des relations chaleureuses entre nos deux pays. Mais, au regard de la répression violente et continue qui s&rsquo;est abattue depuis quelques mois sur les opposants, dissidents et autres simples paysans victimes d&rsquo;abus et d&rsquo;expropriation, ne faut il pas regarder cette arrivée avec un regard qui dépasse un peu l&rsquo;attrait que ces charmantes peluches vivantes suscitent chez tout un chacun ?</p>
<p><strong>La diplomatie du panda </strong></p>
<p>La diplomatie du Panda, qui débute sous la dynastie des Tang  lorsque l’impératrice Wu Zetian (625-705) fit don à l’empereur du Japon d’un de ces ours en noir et blanc, est considérée comme le thermomètre des relations de la Chine avec ses partenaires. La décision de «prêter» un panda, considéré en Chine comme «trésor national», est prise par le plus haut dignitaire de l’état -de nos temps, le secrétaire général du parti communiste lequel a remplacé l’empereur. Il s&rsquo;agit ainsi de respecter tant les codes chinois du cadeau que de satisfaire aux exigences de la diplomatie sachant qu&rsquo;en Chine, un cadeau engage autant celui qui le reçoit que celui qui le donne- la corruption et les petits cadeaux aux décisionnaires fonctionnent également sur ce principe. On se souvient des pandas envoyés en Amérique en 1972 suite à la venue du couple Nixon en Chine. Il faut donc que les relations soient au beau fixe pour qu’un tel acte intervienne pour que chacun de ces « prêts » soit considéré comme porteur de sens.</p>
<p><strong>In Yuan we trust</strong></p>
<p>Lourd de symbole, le timing de ces arrivées surmédiatisées -en décembre dernier le zoo d’Edimbourg reçu aussi un couple de pandas venant de Chine, tombe à point nommé au moment où la zone Euro connaît sa crise la plus grave et où, fort d’un trésor de guerre conséquent -faut il encore rappeler que les réserves en devises de la Chine caracolent autour des 3 trilliards de dollars, les investissements chinois apparaissent comme une bouée de sauvetage pour nos économies étranglées par la dette. Un mois après l’arrivée des pandas en Ecosse, le fond d’investissement chinois China Investment Corporation prenait près de 9% des actions de  Thames, le plus important fournisseur d’eau au Royaume-Uni et annonçait de possibles autres investissements prochains. En décembre, China Three Gorges, l’exploitant du plus grand barrage du monde, le barrage des trois gorges, remportait pour 2,7 milliards d&rsquo;euros près de 23% du fournisseur d’électricité portugais Energias de Portugal (EDP); sans oublier les nombreux contrats sino-grecs, signés ou annoncés, qui font suite au rachat à forte valeur symbolique du port du Pirée par le géant maritime chinois Cosco en 2009 pour la bagatelle de 3,3 milliards de dollars.</p>
<p>La Chine, profitant d’une croissance insolente et d’un trésor de guerre conséquent, se comporte, économiquement parlant, comme n’importe quelle grande puissance cherchant à développer sa zone d’influence et les profits qui y sont liés. En bons commerçants, on peut s’attendre à ce que les investisseurs chinois fassent leur marché dans les dénationalisations à venir et apportent ainsi à l’économie européenne une possibilité de réduire conséquemment le montant de sa dette. C’est également pour la Chine un excellent moyen pour diversifier son portefeuille d’actifs en se séparant de dollars devenus encombrants et ainsi, par les bénéfices et contrats liés à ces investissements, soutenir son économie intérieure au moment ou tous les indicateurs -immobilier, manufacturier, investissements étrangers commencent à montrer des signes évidents de ralentissement. De quoi, en cette nouvelle année chinoise, inviter le dragon à notre table même s&rsquo;il n’est peut être pas aussi porteur de félicité que l&rsquo;astrologie chinoise pourrait nous le suggérer&#8230;</p>
<h6 style="text-align: right;">Par Matthieu Emmanuel</h6><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/pandas-et-dragons/">Pandas et dragons</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>The Shangaïer- Ecrasée comme un chien</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/the-shangaier-ecrasee-comme-un-chien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Oct 2011 10:41:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les Others]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[écrasée]]></category>
		<category><![CDATA[enfant]]></category>
		<category><![CDATA[Guangdong]]></category>
		<category><![CDATA[Little Yue Yue]]></category>
		<category><![CDATA[Scandale]]></category>
		<category><![CDATA[vidéo]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.jimlepariser.fr/the-shangaier-ecrasee-comme-un-chien/2-year-old-chinese-girl-ran-over-twice-ignored-by-18-passersby-07-father/" rel="attachment wp-att-2085"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft size-medium wp-image-2085" title="2-year-old-chinese-girl-ran-over-twice-ignored-by-18-passersby-07-father" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/2-year-old-chinese-girl-ran-over-twice-ignored-by-18-passersby-07-father-300x182.jpg" alt="" width="300" height="182" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/2-year-old-chinese-girl-ran-over-twice-ignored-by-18-passersby-07-father-300x182.jpg 300w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/2-year-old-chinese-girl-ran-over-twice-ignored-by-18-passersby-07-father-620x377.jpg 620w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/2-year-old-chinese-girl-ran-over-twice-ignored-by-18-passersby-07-father.jpg 740w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><br />
Il y a quelques jours, Little Yue Yue (prononcez Little yué yué), une petite fille de deux ans est morte de ses blessures. Renversée successivement par deux chauffards dans un marché du Guangdong, elle est laissée pour morte au milieu de la rue par des passants aveugles et aveuglés. Il faudra un long moment avant qu’une migrante sans hukou (permis local de résidence) la sorte du chemin, ensanglantée, les os brisés, au seuil de la mort.</p>
<p>Une caméra de surveillance enregistre la scène, cette trop longue scène ou l’on voit l’histoire d’une vie disparaître sous nos yeux dans l’indifférence générale.</p>
<p>Les images de cet accident ont fait le tour de Chine et de nombreux médias étrangers ont relayé avec un juste sentiment d’horreur ce «fait divers». Plusieurs amies, occidentales, m’ont dit ne pas vouloir visionner la vidéo de l’événement qui circule sur le web. A juste titre car elle est difficilement supportable pour qui a des enfants ou simplement garde un tant soit peu d’amour pour le genre humain.</p>
<p>Pourtant, en discutant avec elles, je me suis rendu compte qu’il fallait sortir du fait divers et regarder ce drame comme une peinture chinoise, c’est-à-dire avec des entrées différentes suivant le point de vue que l’on prend à l’intérieur du tableau.<br />
Reprenons cette vidéo en mots, cela sera plus facile pour tout le monde.<br />
Au début de la bande capturée par la caméra de surveillance (en Chine, comme dans de nombreux pays occidentaux, nous sommes souvent filmés sans le savoir) on voit une petite fille un peu perdue se faire renverser par une camionnette qui ne roule pas bien vite. Le chauffeur marque un temps. Toujours au volant, il prend conscience de la situation, l’enfant blessé sous son châssis. Il regarde dans son rétroviseur, voit l’enfant, le sang, l’absence de témoin. Le moteur en route, il pèse le pour et le contre. On peut presque entendre ce qui se passe dans son esprit dans cette fraction de seconde ou un destin se joue. Ignorant l’existence de la caméra, il enclenche la première.</p>
<p>Je ne sais ce qui m’a été le plus difficile à voir, la petite fille se faire renverser ou le chauffeur démarrer et sciemment repasser avec ses roues arrière sur le corps de l’enfant.<br />
Ces images et les suivantes ont fait le tour de la Chine et ont suscité des millions de posts sur les sites de micro-blogs car, hélas, cette scène va continuer à nous montrer en plan fixe le portrait sans fard d’une société sans repères.<br />
Little Yue Yue git au milieu de la rue. Quelques passants à pied, en vélo, scooter, tricycle et autres véhicules de livraison la contournent, puis, une seconde camionnette lui roule à nouveau dessus. Little Yue Yue, entourée de commerces et d’activité, est laissée à elle-même. Sa mère, dans un pressing quelques mètres plus loin, ignore encore le drame qui va changer sa vie pour toujours. Il faudra attendre le passage de dix-huit indifférents, de dix-huit «coeurs froids» comme les ont dénommé les netizens chinois, pour que l’enfant soit secouru par Chen xianmei, 56 ans, qui collectait comme chaque jour après son travail dans un restaurant des déchets recyclables qu’elle revend pour assurer son quotidien. Ce n’est certainement pas un hasard si la main secourable dans cette triste histoire fut celle d’une migrante qui n’avait pas beaucoup plus à offrir que ses valeurs de vie.</p>
<p>Dans les jours qui suivent son admission à l’hôpital, personne ne sait si la petite va survivre. L’ensemble de la Chine est alors à son chevet car, circulant de téléphone en téléphone, de forum en forum, ce «fait divers» provoque un mini-raz de marée d’expression populaire. A l’annonce de son décès, un million huit cent mille personnes font immédiatement part de leur colère, de leur chagrin et de leurs condoléances par micro-blogs interposés. Car, un des faits les plus marquants de ces dernières années en Chine est certainement l’apparition d’une vox mobuli -car tout passe désormais par le téléphone mobile-,en place et lieu de cette vox populi, qui était ici bien plus censurable&#8230; C’est ainsi à travers leurs voix, à travers l’expression immédiate de ces millions d’individus que l’on comprend que cet incident n’est pas un simple fait divers mais bien plus la triste résultante d’une conjonction de facteurs sociaux, politiques, économiques et culturels.</p>
<p><strong>L’argent n’achète pas tout</strong></p>
<p>Les posts, les dépêches et les témoignages des chauffards eux-mêmes nous apprennent beaucoup. Écoutons le premier chauffard raconter l’incident lors d’une interview qu’il donna à la Télévision du Guangdong. Il raconte qu’il est en phase de séparation avec sa copine et que, lorsqu’il roula sur Little Yue Yue, il était au téléphone. Jusque là, malheureusement, rien que de très banal. C’est la suite qui devient éclairante.  Avec une franchise toute déroutante pour un esprit occidental il explique que « <em>s’il a décidé de continuer à rouler sur Little Yue Yue (voir plus haut l’hésitation), c’est que la petite-morte- il n’aurait eu à payer que 10 000 ou 20 000 yuans (1100/2200 euros) comme compensation aux parents, mais, que si elle survivait, il aurait du subvenir à ses frais médicaux jusqu’à la fin de sa vie&#8230;</em> » Le calcul est simple, un regard à droite, un regard a gauche, sans témoin visible, il s’enfuit. Repoussant les limites imaginables de l’insensibilité, il va aller, alors que la petite est encore entre la vie et la mort, jusqu’à appeler son père pour lui demander combien d’argent il veut pour compenser la vie de sa fille&#8230;</p>
<p>Une phrase m’a prise aux tripes et restera longtemps gravée dans ma mémoire, une phrase simple que le père énonce avec pudeur lorsqu’il est interviewé à l’hôpital par des médias locaux. Aux  journalistes qui le questionne sur les suites judiciaires à donner il répond le coeur noué : tout ce que je veux, c’est que ma petite fille m’appelle papa à nouveau.</p>
<p>Revenons aux réactions des passants ou plutôt à leur absence de réaction. Il est clair pour la majorité d’entre eux qu’ils ont conscience de ce qui arrive. La vidéo montre des véhicules la contourner et certains piétons, sans aucune équivoque possible, tournent la tête vers elle avec autant de pathos que s’ils regardaient un chien écrasé. Au vu de la vidéo, on se pose raisonnablement la question de leur humanité. Est ce que ces personnes viennent d’une autre planète ou est-ce-que secrètement le Parti communiste chinois a réussi à créer une nouvelle espèce mutante à qui l’on aurait greffé à la place du coeur un congélateur dernier cri empli du dernier transfert de technologie ?</p>
<p><strong>Le risque de porter assistance</strong></p>
<p>La réalité est hélas bien plus prosaïque. En 2006 dans la ville de Nanjing, ancienne capitale impériale tristement célèbre pour le massacre de ses habitants pendant l’occupation japonaise, un jugement condamne Peng Yu, un jeune homme de 26 ans venu au secours d’une vieille dame tombée dans la rue.</p>
<p>En deux mots, le jeune homme, un bon petit gars bien élevé, vient en aide à une vieille dame qui était tombée en essayant d’attraper son bus. Celle-ci, reprenant ses esprits à l’hôpital et apprenant qu’elle aurait à payer une opération pour sa hanche, décide de faire un peu de profit et accuse le jeune homme de l’avoir poussé. Aussi ubuesque que cela puisse paraître, le juge condamne le bon samaritain à payer 40% des frais chirurgicaux avec cet argument léonin digne de Lewis Caroll (je condense) :<br />
<em>« Si vous n’aviez rien à vous reprocher, vous n’auriez pas agi ainsi -comprendre secourir la vieille dame et rester à l’hôpital pour voir si elle allait bien.</em> » On peut se demander si le juge venait de sortir d’un banquet trop arrosé avec ses fellow-fonctionnaires ou si son esprit était incapable de considérer comme plausible la possibilité d&rsquo; un acte civique dénué d’une quelconque recherche d’intérêt.</p>
<p>De très nombreux posts ont invoqué cette décision pour expliquer l’attitude des passants. Un sondage réalisé online par Phoenix-TV (chaîne basée à Hong-Kong et diffusée aussi en Chine) révèle que sur 20 000 sondés, seulement 7% déclarent qu’il s’arrêteraient sur la route pour porter secours, plus de 45% déclarent qu’ils fermeraient les yeux, et 43% qu’ils aideraient seulement en présence d’une caméra.<br />
Plusieurs évènements impliquant ce que l’on appellerait ici la non-assistance à personne en danger ont marqué depuis l’opinion chinoise. S’ajoutant aux divers scandales qui ont remué l’opinion chinoise dernièrement, certains se posent la légitime question <em>«Comment en sommes-nous arrivés là ?»</em>, d’autres pointent la disparition des valeurs chinoises (traditionnelles, confucianistes ou communistes) au profit d’un individualisme sans coeur pour expliquer cet état terrifiant de leur société.<br />
Pourtant les choses, comme d’habitude dans un pays aussi peuplé et complexe que la Chine, ne sont peut être pas aussi simples que cela&#8230;<br />
Nous verrons prochainement dans la suite de ce billet comment Chen Xianmei, la collectrice de déchets, est devenue un exemple national, nous essayerons de comprendre à l’aide des notions de lignée, de famille, d’ancêtres et de cercles rapprochés, ces comportements qui nous apparaissent si étrangers. Nous verrons également comment le gouvernement va utiliser, à ses risques et périls, ce drame pour justifier un serrage de vis attendu de la vox mobuli. &#8230;.</p>
<p>A suivre&#8230;</p>
<h6 style="text-align: right;">par Matthieu Emmanuel</h6><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/the-shangaier-ecrasee-comme-un-chien/">The Shangaïer- Ecrasée comme un chien</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>The Shangaïer- Une question de sens</title>
		<link>https://www.jimlepariser.fr/une-question-de-sens/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laetitia Monsacré]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Oct 2011 23:58:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les Others]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[manifestations]]></category>
		<category><![CDATA[reportage]]></category>
		<category><![CDATA[réseaux sociaux]]></category>
		<category><![CDATA[Utopia]]></category>
		<category><![CDATA[wall street]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Assis dans un Starbucks café plus très neuf, je regarde les Buicks, Audi et Mercedes défiler au ralenti dans une avenue surchargée. Les façades de verre des buildings environnants se renvoient cette lumière de l’hiver naissant que l’on devine derrière [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.jimlepariser.fr/une-question-de-sens/176302-1317899992-4-2/" rel="attachment wp-att-894"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft size-full wp-image-894" title="176302-1317899992-4" src="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/176302-1317899992-41.jpg" alt="" width="500" height="375" srcset="https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/176302-1317899992-41.jpg 500w, https://www.jimlepariser.fr/wp-content/uploads/2011/10/176302-1317899992-41-300x225.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px" /></a></p>
<p>Assis dans un Starbucks café plus très neuf, je regarde les Buicks, Audi et Mercedes défiler au ralenti dans une avenue surchargée. Les façades de verre des buildings environnants se renvoient cette lumière de l’hiver naissant que l’on devine derrière le toit de brume qui couvre la ville.</p>
<p>La plupart de mes voisins travaillent sur leur Mac, une tasse fumante posée sur le coin de la table à coté d’un paquet de cigarettes que l’on ira fumer dehors. Je capte des conversations, des bribes de vie, d’affaires, de coeur et d’histoires intimes qui, si elles diffèrent en terme de formes, de langages et de sons, se ressemblent d’un côté à l’autre de la planète.</p>
<p>Sur mon écran, quelques brèves, plusieurs fenêtres ouvertes, quelques photos et ces mots qui attendent un retour <em>« Que penses tu des manifestations de soutien chinois aux insurgés de Wall Street ?»</em></p>
<p>En ingérant un liquide que seuls les américains peuvent appeler café sans se tordre de rire, je commence à répondre en pensant à cette maxime chinoise qui dit «regarder le monde du fond de son puits», j’imagine cet homme vivant dans le sombre, entouré de lignes courbes et droites et sa vision d’un monde dont il ne voit qu’une portion d’étoiles. Je me dis que l’écran que j’ai en face de moi est autant générateur d’ornières que d’émerveillement.</p>
<p>Si je regardais à l’instant Pékin du fond de mon puits je me dirais que tout va bien, que la Chine est heureuse puisqu’elle a pris les habits de la réussite, de cette réussite occidentale qui s’affiche en grosses lettres d’or sur tous les mall de luxe qui poussent aux quatre coins du pays. Si je regardais la Chine non pas d’un café pour la nouvelle middle-class Pékinoise mais de Paris ou de New York, j’aurais une autre vision des choses, plus politique, plus globale, plus «démocratique» mais tout aussi fausse.</p>
<p>« <em>Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées jeudi dans le centre de la Chine en soutien aux manifestants qui dénoncent le monde de la finance dans plusieurs grandes villes américaines » </em>a rapporté samedi la presse d&rsquo;Etat.</p>
<p>En lisant cette dépêche, je me dis que l’information qui vient de Chine autant que la manière dont elle peut être interprétée par les médias occidentaux est souvent comme cette histoire de l’homme au fond de son puits-une question de point de vue.</p>
<p>Si je m’en tiens à une première mastication rapide avant de passer à la météo, mes amis  Facebook et autres nouvelles du jour, je vais tagger cette information sous la bannière «extension des manifestations anti-capital» car je comprends que le mouvement des insurgés initié en Espagne fait des émules jusqu’en Chine populaire. Etonnant comme attendu au pays du communisme capitaliste&#8230;</p>
<p>Pourtant, dans la suite de la dépêche un adjectif attire mon attention, un adjectif qui ne cadre pas vraiment avec le concept de la grande fratrie internationale :</p>
<p><em>« Le capitalisme conduit droit à l&rsquo;impasse »</em>, explique un jeune homme cité par le Global Times, un journal connu pour son nationalisme.</p>
<p>Qu’a exactement à voir le nationalisme chinois et «la grande révolution du peuple américain contre Wall Street»  ?</p>
<p>Si l’information est souvent filtrée en Occident selon des schémas bien connus, elle est totalement contrôlée en Chine Populaire. Les médias, presse, télé et web confondus répondent à des règles, des directives quotidiennes si strictes que les internautes chinois ont appelé le ministère en charge de son contrôle « le Ministère de la Vérité Vraie».</p>
<p>Véritable organe de la voix du pays, ce ministère divulgue la réalité vue de Pékin en cadrant ce qui doit être mentionné, les faits que l’on doit mettre en avant et surtout ce dont on ne doit absolument pas parler. Ces bulletins sont d’ailleurs une grande source d’information lorsqu’ils glissent malencontreusement de la poubelle d’une rédaction au  micro-blog d’un non initié&#8230;</p>
<p>Mais, revenons à la manifestation anti-wall street. Le fait, suffisamment rare pour être mentionné, qu’une manifestation soit relatée par un organe de presse officiel pourrait laisser penser que les autorités la cautionnent et que cette information est destinée à envoyer un message clair. Mais à qui ce message est-il destiné ?</p>
<p>Est ce un message que font passer les autorités chinoises aux autorités américaines dans les difficiles négociations sur la valeur Yuan/Dollar ? Est-ce un pied de nez à la crise financière majeure qui ébranle le monde occidental ou est ce un message qui raconte parce qu’il ne dit pas les tensions existantes entre une justification «communiste» oubliée, un peuple laissé de côté et une nomenklatura politico-économique qui se partage le gâteau ?</p>
<p>En fouillant un peu, je m’aperçois que la manifestation a d’abord été relayée sur un site ultra-nationaliste, conservateur et maoïste appelé  <a href="http://www.wyzxsx.com/Article/view/201110/266480.html&quot;">Utopia</a>, et seulement ensuite par le Global Time, qu’elle a rassemblé principalement des retraités et que les photos ne laissent pas la possibilité de connaitre le nombre réel de manifestants.</p>
<p>Autre fait intéressant, les photos diffusées ont rapidement été censurées par la voix de la vérité. Pas suffisamment vite néanmoins pour éviter qu’elles ne soient postées, postées et repostées sur Weibo, le twitter chinois. L’importance des réseaux sociaux (voir l’excellente prestation de Yang Lan sur<a href="&quot;http://www.wyzxsx.com/Article/view/201110/266480.html&quot; "> TED</a>)  dans la diffusion des informations non officielles est certainement le fait le plus marquant de ces dernières années.</p>
<p>C’est ainsi que très loin d’un soutien aux insurgés de Wall Street, on peut aussi regarder cette manifestation comme une manifestation de défiance par rapport à la gouvernance toute capitalistiquement protégée du Parti. C’est aussi par ce point de vue, par cet angle d’interprétation, que l’adjectif nationalisme prend tout son sens. Il faut comprendre le sous-message des banderole : Communisme national versus Capitalisme International, courant ultra-conservateur versus les réformateurs, retraités qui peinent à joindre les deux-bouts versus les jeunes «fils et fille de» qui claquent l’argent de la corruption sans même prendre la peine de se cacher&#8230;</p>
<p>Le nombre d’émeutes en Chine est exponentiellement proportionnel à la croissance du pays, aux abus des fonctionnaires locaux et à l’absence des recours légaux. Principalement liées aux expropriations abusives, problèmes environnementaux et aux nombreux abus des fonctionnaires et de leurs rejetons, leur nombre est passé en quelques années de 38 000 à plus de 100 000 par an, en estimation basse comme de bien entendu&#8230;</p>
<p>Il faut bien prendre garde de ne pas plaquer une vision toute occidentale sur une réalité locale. Entre les conservateurs, les réformateurs et les multi-millionnaires nostalgiques (90% des millionnaires chinois sont liés d’une manière directe ou indirecte à un membre du parti), les tensions entre les différentes franges font rage. Ceux qui se revendiquent de Mao ne sont pas en marge. Le très puissant maire de Chengdu n’a t ‘il pas dernièrement ordonné de reprendre les chants de la révolution culturelle dans les écoles à titre commémoratif&#8230; Amusant de penser à la révolution culturelle sur fond de sac Vuitton.<br />
A l’instar des caractères, l’information en Chine peut prendre de très nombreux sens qui s’additionnent sans s’exclure au rythme des enjeux et batailles en sous-main.</p>
<p>Pour terminer ce petit billet du bout du monde, j’espère avoir fait naître en vous une petite lumière qui s’allumera à chaque fois qu’une information viendra du pays du Milieu mais aussi d’ailleurs. Une petite voix qui se demandera comme le disait en rigolant une bonne amie spécialiste de la Chine : A qui profite le Crime ?</p>
<h6 style="text-align: right;">par Matthieu Emmanuel</h6><p>The post <a href="https://www.jimlepariser.fr/une-question-de-sens/">The Shangaïer- Une question de sens</a> first appeared on <a href="https://www.jimlepariser.fr">Jim le Pariser</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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