8 avril 2017
Psychose à l’immigration

La folie protectionniste a encore frappé de l’autre côté de l’Atlantique : Trump vient d’annoncer un « durcissement extrême » des contrôles aux frontières, avec fouille des téléphones mobiles et des réseaux sociaux, voire des compte bancaires à l’arrivée. Si, même avant l’examen de ce projet de loi, l’annonce a secoué un secteur touristique déjà éprouvé par l’élection du magnat de l’immobilier – avec une baisse de près de 15% de réservations de vols depuis l’Europe, voire bien davantage depuis  le Moyen-Orient, l’administration américaine vient de mettre en place depuis février, dans une relative indifférence masquée par les tracas des touristes ordinaires soumis à l’ESTA – cette autorisation préalable de voyager, que le « gentil » Canada a adopté depuis l’an dernier sous le nom de AVE, où figure depuis décembre, donc encore sous l’administration Obama, une ligne, facultative, sur les identifiants Facebook et consorts –  une vérification de tous les courriels et activité sur les réseaux sur les cinq dernières années pour les demandes de visas, induisant une réduction du nombre d’entretiens aux ambassades, et donc de la délivrance des sésames pour l’Oncle Sam.  Et les profils hautement qualifiés, plébiscités par la Silicon Valley, ne sont pas épargnés, loin de là, Trump nourrissant une indécrottable méfiance envers les élites internationales – lesquelles le lui rendent bien.

La toute-puissance sécuritaire

Mais les Customs and Border Protection n’ont pas attendu ces mesures pour fouiller dans les publications virtuelles des voyageurs, ainsi qu’en témoignent les mésaventures d’une jeune allemande refoulée en 2015 pour avoir dissimulé le véritable motif de son séjour, trahie par sa page Facebook, où elle comptait vraisemblablement travailler illégalement sous couvert de visite de vacances, ou encore celui-là grillé par ses propos ambigus sur le 11 Septembre. Pour ceux que l’affaire Snowden n’aurait pas encore éclairés, tout ce que vous publiez sur le réseau pourra être retenu contre vous, et les douanes n’ont pas attendu Trump pour manifester leur envahissante curiosité envers l’intimité de voyageurs perçus de plus en plus comme des menaces potentielles.

Dérive orwellienne

Il serait cependant bien naïf de croire que ces dérives à  la Orwell demeurent l’exclusivité de l’éruptif Doctor Trump. L’inflation galopante de procédures sécuritaires qui n’épargnent désormais plus les gares et qui, sous prétexte de rassurer les populations, ne font que les soumettre pour les détourner des vrais problèmes sociaux et économiques, en témoigne. Et la diffusion en boucle des moindres images de voitures meurtrières dans la foule exhaussées sans délai au rang d’attentat ne le démentira point. Pour dramatiques que puissent être ces morts, on oublie trop souvent que la menace d’attentat n’a rien de nouveau, et que, mis à part le Bataclan et Nice, ne font guère plus de victimes que dans les années quatre-vingt par exemple, plutôt généreuses en hémoglobine sur ce chapitre. Sans compter que cette hystérie collective sécuritaire à chaque attaque fait in fine le jeu des terroristes, qui ne cherchent qu’à semer la division et la psychose. On ne dira jamais assez que nos représentants politiques constituent leurs meilleurs alliés : il faut bien vendre les armes. Les milliards de Dassault ou Safran valent bien quelques sacrifices…

Par la rédaction

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs