12 février 2014
Honneur à la jeunesse

viol lucèrce briten
Sept ans après l’avoir joué au Théâtre de l’Athénée, l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris reprend Le Viol de Lucrèce de Britten en ces mêmes murs intimistes dans la production économe et efficace de Stephen Taylor. Avec un simple dispositif rotatif, place publique puis chambre de Lucrèce, il restitue au fil de la soirée une intensification croissante de la tension dramatique que n’aurait pas reniée l’esthétique racinienne. Le plateau vocal confirme la qualité de la troupe réunie par Christian Schirm. Agata Smith révèle une Lucretia sensible aux côtés de l’impulsif Tarquinius incarné par Piotr Kumon. Tiago Matos, Junius, a ses fidèles et justes soutiens. On apprécie Cornelia Oncioiu et Olga Seliverstova, respectivement Bianca et Lucia, tandis que les deux solistes représentant le chœur – commentaire à la façon de la tragédie antique – s’avèrent admirables – Andreas Soare, que l’on ne se lasse pas d’entendre depuis qu’elle a reçu le prix de l’Arop, et le solide Oleksiy Palchykov. On restera plus réservé quant à la prestation d’Andriy Gnatiuk, Collatinus. Ne manquons pas par ailleurs d’applaudir le travail de Maxime Pascal à la tête de sa formation de chambre Le Balcon qui sonne si bien dans la maison de Louis Jouvet.

Milhaud et Latil, le poète et le musicien

On retrouve Tiagos Matos quelques semaines plus tard à l’Amphithéâtre Bastille dans un programme autour de Darius Milhaud et Léo Latil, poète et ami d’enfance du compositeur aixois mort sur le front de la première guerre mondiale. Le baryton nous livre un poème extrait du Journal de Latil, d’une tristesse détachée que tresse admirablement l’accompagnement au piano de Dana Ciocarlie. Mais la soirée se fait surtout écrin à l’art inimitable de Françoise Masset, qui sait faire retentir par sa diction irréprochable les échos de mélancolie recueillie que distillent les textes mis en musique par Milhaud – en particulier dans Le Rossignol et La Tourterelle. Et que dire du Troisième Quatuor composé six mois après la disparition de l’ami, servi avec une prenante émotion par le Quatuor Danel ? Deux mouvements lents avec un extrait du Journal de Latil dans le second qui se termine sur ces mots : « Qu’est-ce que c’est que ce désir de mort, et de quelle mort s’agit-il ? ».
Mentionnons enfin le Lakmé réduit pour les enfants que l’Opéra Comique a proposé en marge des représentations de l’ouvrage de Delibes et qui fait entendre la nouvelle promotion de l’Académie, où l’on distingue entre autres la Malika de Yete Queiroz aux couleurs de mezzo immédiatement reconnaissables. Second acte pour les académiciens : Ali-Baba de Lecocq en mai prochain…

Par Gilles Charlassier

Le Viol de Lucrèce, Théâtre de l’Athénée, janvier 2014 ; Lakmé raconté aux enfants, Opéra comique, janvier 2014 ; Concert Amphithéâtre Bastille, février 2014

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