11 juin 2012
Grandeurs et misères des musées

C’est toujours chose émouvante que la naissance d’un musée. Et triste que celle de le voir ne pas résister aux années. Le temps est pourtant clément sur la Côte d’Azur; c’est d’ailleurs pour cela que l’on s’y rend en grand nombre, pour ses plages offrant une retraite dorée que la soif de culture peut toutefois concurrencer. C’est en 1990 que le MAMAC, Musée d’art contemporain de la ville de Nice a vu le jour. Les architectes Yves Bayard et Henri Vidal avait fait une proposition originale d’une sorte d’arc tétrapode à cheval, entre le cours du Paillon, et le quartier du port de la vieille ville avec l’idée de “concilier  la planification urbanistique sarde et l’utopie exotique de la Belle Epoque”. 20 mètres de côté pour une hauteur de 30 mètres, 4 000 m2 sur trois niveaux totalisant 9 salles d’exposition, l’ensemble très mastoc avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque. C’était en effet le leg de Jacques Médecin à “sa” ville avant de prendre la fuite en Uruguay…Vingt deux ans plus tard, le bâtiment ressemble à un vieux pachiderme abandonné, dénudé de ses 650 tonnes de marbre de Carrare qui se détachait inexorablement de la façade et il faut avoir vraiment envie de voir de l’art pour y entrer par une belle journée ensoleillée…D’autant qu’à vingt kilomètres de là, un musée poème aux milles pétales s’est posée le long de la plage de Menton, en lieu et place d’une ancienne station service…Jean Cocteau a en effet désormais son “lieu”, sur ces terres qu’il affectionnait tant, où avec le soleil et la Méditerranée, il tentait de faire taire ses démons et sa dépendance à l’opium.

Un musée au service

Tout comme Jacques Médecin, celui qui a permit l’aventure de ce musée Cocteau, Severin Wunderman n’aura pas vu son rêve achevé. Cet homme d’affaire naturalisé américain qui, avec son premier salaire d’apprenti -horloger à 19 ans, avait acheté son un dessin de Cocteau, tiré des Enfants Terribles, puis avait plus tard, avec frénésie, collectionné lithographies, poèmes, peintures- autant de trésors sortis de l’imaginaire du poète- est mort quelques mois avant que la première pierre ne soit posée. Il n’aura ainsi pas vu cette belle terrasse avec un dessin de lézard-animal fétiche du créateur de la Belle et la Bête ou cette chevelure aérienne de béton blanc qui sert de toit au musée.  Sorti de l’imagination de l’architecte Rudy Ricciotti, celui-ci l’a voulu très bas-ne s’élevant qu’en rez de chaussé d’où l’on voit la mer, offerte comme une fresque grandiose-malgré cette horrible route qui longe la plage- à travers de larges baies vitrées teintées. “Un bâtiment qui ne prend pas la ville en otage mais se met à son service” comme le souligne cet architecte très talentueux et particulièrement inspiré par la région où il vit lui même. Une très belle réussite en tous cas où les oeuvres de celui qui avait raté son bac deux fois-comme quoi cela arrive aux plus grands- et dont le père s’était suicidé sans doute du fait d’une belle famille trop envahissante, ont trouvé un écrin à leur mesure.

 

Par Laetitia Monsacré

Une bâche et une vision bien triste pour le MAMAC de Nice

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