22 mars 2012
Cité de la Musique/ Dylan par Kramer

« Les gens peuvent tout savoir de moi à travers mes chansons – s’ils savent où regarder ». L’homme à l’harmonica reste pourtant une légende folk –bien que paradoxalement toujours vivant- difficile à percer, un personnage dont les facettes sont aussi multiples que les accords de sa guitare. A travers l’exposition « Bob Dylan, l’explosion rock 61-66 » la cité de la Musique met en avant une série de soixante clichés pris par le talentueux photographe Daniel Kramer durant la période 1964-65. Celle où un petit gars du Minnesota est devenu un symbole folk à New York et dans le monde entier,  sous le nom de Bob Dylan, hommage au poète gallois Dylan Thomas. On le voit alors sous ses traits angéliques et son physique juvénile, les cheveux en broussaille, derrière des  Ray Ban, en train de se concentrer sur un échiquier ou de chanter avec son harmonica. Toujours une clope à la main, dans l’obscurité de la scène. Daniel Kramer, fasciné par “le jeune âge de Bob Dylan et le courage qu’il faut avoir pour monter sur scène en chantant des chansons aux paroles contestataires” –comme lorsqu’il interprète” The Lonesome Death of Hattie Caroll”, sur le meurtre d’une serveuse noire par un blanc éméché- livre un petit bout d’intimité de l’insaisissable icône folk.

Clichés sur le vif

Dylan est alors  le poète qui fait résonner les injustices de la société américaine des années 60 au son de sa guitare, avec sa voix trainante et nasillarde. « Je ne lui ai jamais demandé de poser, chaque prise est naturelle, même si au début il se sentait obligé de faire des choses stupides. » Comme cette photo où il est perché dans un arbre.

Pris sous son aile par Joan Baez, ami d’Allen Ginsberg, Dylan relance la « protest song » -incarnée par son idole le chanteur folk américain Woody Guthrie dans les années 30- et s’engage dans le mouvement des droits civiques, contre la guerre du Vietnam. “How many roads must a man walk down/Before you call him a man ? “Blowin’ in the Wind est devenu un hymne intemporel, à la fois chanson poétique et déclaration de foi. A cette époque Bob Dylan, fraîchement débarqué à Greenwich, vivait la bohème, buvant des expressos, lisant des poèmes et écrivant des chansons. Le vagabond juif a posé ses valises au cœur de la plus importante sphère artistique du moment.

Influences et métamorphoses

Au-delà des photographies noir et blanc de Bob Dylan, l’exposition a réuni une collection impressionnante de guitares. De la gratte de Dylan à celle d’Elvis Presley en passant par celle de Woody Guthrie où est gravé « cette machine tue les fascistes ». « Du jamais vu » s’enthousiasme Bob Santelli, le commissaire de l’exposition- directeur du Grammy Museum de Los Angeles. Ce Bob qui adolescent voulait « devenir Dylan », lui a consacré un livre et plusieurs expositions. En déambulant parmi les trois pièces de l’exposition, on découvre ou l’on redécouvre la métamorphose qu’a subie Dylan. Ses influences –Little Richard, Odetta, Woody Guthrie- de sa transition folk à un son plus électrique –qui décevra certains fans- jusqu’à son mystérieux accident de moto en 66, après quoi il ne réapparaitra sur scène que deux ans plus tard. Et le phénix renaîtra à nouveau de ses cendres. Retour également sur ceux qu’il a inspiré -The Mama’s and Papa’s, les Byrds, et même les Beatles.

Tellement de choses ont été rapportées et racontées à son propos qu’on se demande ce que Bob Dylan –ou plutôt Robert Zimmerman- penserait de toute cette agitation autour de sa personne et de son entrée au musée. « Il est conscient d’avoir un héritage à transmettre » explique Daniel Kramer. « Même s’il n’a jamais mis les pieds dans une exposition lui étant consacrée. » Le chanteur –qui a fêté ses 70 ans l’année dernière- doit bien s’amuser de nous voir essayer de percer le mythe de ce « caméléon ». Et de se remémorer ses paroles, révélatrices ou non, “But it ain’t me, babe,/No, no, no/It ain’t me you’re looking for, babe”. Il vaut en tous cas mieux voir désormais ses photos ou écouter ses disques que d’aller à ses concerts, où malheureusement sa voix l’a abandonnée.

 

 

Par Sarah Vernhes

Bob Dylan, l’exposition rock jusqu’au  15 juillet à la Cité de la musique

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