23 janvier 2014

“It’s the army!”. Évidemment la femme noire américaine de l’aéroport n’a pas aimé ma remarque. Du coup, j’ai eu le droit, après un scanner où l’on doit lever les bras en l’air et placer les pieds sur les empreintes jaunes au sol, à une fouille au corps zélée et à un sparadrap passé sur mes paumes pour voir si je n’avais pas touché des explosifs. Au départ de Paris, c’est une autre femme noire (après le travail dans les plantations au XIX ème siècle, toujours les boulots les plus ingrats au XXIème…) qui avait mis ses mains dans mes culottes pour chercher la mini bouteille en plastique que j’avais glissée dans mon sac et contenant du bon vin pour supporter cette négation de l’individu qu’est désormais de devoir passer les contrôles puis être réduit à une sardine pendant des heures après avoir dû écouter des messages en japonais et chinois dans un duty free obscène de luxe. Payer aussi cher pour souffrir autant, c’est sûr qu’un petit coup de rouge m’aurait été salutaire, surtout après m’être entendue dire que mon vol était fermé. Pour dix petites minutes de retard, et malgré l’absence de bagage à enregistrer, mes bonnes jambes pour courir, ma carte de presse et mes supplications, j’ai eu droit de poireauter trois heures pour attraper un vol avec escale via Atlanta, pour un supplément de 375 euros arrivant … sept heures plus tard à Salt Lake City. C’est-à-dire de nuit, quand le bureau du festival est fermé, votre hôtel dans une ville à plus de 60 km de route dont la réception demandait d’être là avant 18 heures et, que ce vol affrété par Air France arrive en plus en retard, avec une correspondance de 40 minutes sur place pour passer les douanes américaines. Et prendre votre domestic flight à exactement l’opposé de votre point d’arrivée – pour ceux qui connaissent l’aéroport d’Atlanta, le terminal T, la gate 1… La sainte Vierge ou qui que ce soit m’avait heureusement inspirée de ne pas enregistrer ma valise, ce qui me sauva. Réaliser, après avoir parcouru en joggant avec ma valise un terminal entier, qu’il fallait que je prenne le train intérieur – au moins trois miles à parcourir – me permit aussi de ne pas mourir sur place; j’étais quand même au bord de l’évanouissement en arrivant à la porte d’embarquement et à deux doigts d’une crise de nerfs en découvrant qu’il y avait une liste d’attente, le vol étant archi complet.  Et que je n’avais pas de numéro sur ma carte d’embarquement éditée à Paris.“Vous avez bien un siège attribué”: l’employée de Delta Airlines ne saura sans doute jamais qu’elle a sauvé sa peau en me disant ça et moi, mon voyage ainsi que l’occasion de ne pas passer le reste de ma vie dans une prison géorgienne. Une fois en vol, la bière étant payante (et pas assez de dollars vu que la case distributeur n’avait pas été vraiment envisageable), je n’eus droit qu’à un Sprite, perdue au milieu d’Américains dont les fessiers dépassaient largement des fauteuils. Trois jours plus tard, j’avais stressé toute la journée à l’idée de rater mon vol de retour et le droit de souffrir dix heures pour retrouver mon chez moi, me demandant si mes bagels et autres donuts finiraient,  comme mon vin et mon shampoing au vol aller, dans la poubelle de l’aéroport. Enfin, faisant part de mon énervement contre Delta pour l’épisode à Atlanta à l’Ukrainienne qui enregistrait mon bagage, me souvenant avec nostalgie du temps où l’on vous surclassait pour se faire pardonner, c’est alors qu’elle me raconta avoir passé, quand elle était venue visiter Paris, onze heures dans la prison de l’aéroport. Pour rien.  Juste le zèle d’un douanier qui n’avait pas voulu vérifier son visa et avait dû, réalisant son erreur, finir par la relâcher. Comme quoi on peut toujours trouver pire…

LM

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