19 janvier 2015
Beethoven en haute définition à Los Angeles

WDH 100114
20 degrés Celsius gagnés en 6 heures, pour un New York-Los Angeles à 150 euros l’aller simple…L.A. est la destination la moins chère de la côte ouest des Etats -Unis depuis celle de l’est, avec malheureusement, ce jour-là, la pluie à l’arrivée. Frank Gehry, après la Fondation Vuitton et la Fondation Louma bientôt à Arles, a une fois encore frappé avec ce Walt Disney Hall haut en couleurs comme en courbures ( ici on hésite pas, contrairement à la Philarmonie de Paris où l’on a échappé au “Bouygues Hall” !) situé downtown- quartier autrefois réputé pas des plus fréquentables… Tenue décontractée de rigueur pour le public venu écouter ici le charismatique chef d’orchestre Michael Tilson Thomas, qui ouvre sa tournée anniversaire – il vient de fêter ses soixante-dix ans – dans sa ville natale avec un projet original : une scénographie de la Missa Solemnis de Beethoven afin de  rendre cette œuvre complexe “plus visible”. Et inviter le public à mieux la connaître  grâce à un texte distribué à l’entrée de la salle au public.

Au-dessus du plateau est suspendu un écran divisé en quatre par une sorte de croix et morcelé sur ses franges – une synthèse des symboles christiques et cosmiques, donc de l’ouvrage – sur laquelle défilent les projections vidéos réglées par Finn Ross. Si celles-ci distillent essentiellement une ambiance lumineuse propice à la spiritualité – en particulier dans les deux dernières sections, Sanctus et Agnus Dei – elles versent aussi dans l’illustration schématique avec le Credo et le récit, condensé, de la vie et de la Passion du Christ jusqu’à sa résurrection. Plus que le saupoudrage alphabétique mettant en valeur les mots clefs de l’office au fil du Kyrie et du Gloria, c’est cette naïve dramaturgie, sobre et économe, qui se montre la plus émouvante, au diapason d’un des passages les plus intenses de la partition. Bien que l’on ne puisse s’appuyer sur une histoire, James Darrah réussit à ménager de remarquables effets théâtraux, à l’instar des chœurs d’enfants qui jaillissent des coulisses avec les flamboyants accents inauguraux du Gloria. Le placement des solistes essaie des poses rituelles, qui assurent une fonction de repère.

Théâtre et spiritualité

Portée par cette incarnation de la musique, la direction de Michael Tilson Thomas privilégie l’épanouissement des pupitres et des solistes : les interventions des bois, tour à tour mis en valeur dans le plus pur esprit beethovénien, et le solo concertant de violon dans le Benedictus – Martin Chalifour, concert master frémissant de lumière comme de tendresse –   en témoignent. On entend la variété des styles, sans que le passage de l’un à l’autre soit accusé. Au contraire, l’enchaînement se fait avec fluidité, quitte à ce que le relief du finale, apaisé, semble un peu trop adouci. Beethoven s’illumine ici de sérénité, plus que d’héroïsme.
Les quatre solistes montrent une belle complémentarité. La soprano Joëlle Harvey se distingue avec son soprano sensible et fruité, quand Tamara Mumford assume les couleurs du mezzo. Le ténor Brandon Jovanovich contient justement l’éclat de son gosier, et Luca Pisaroni n’envahit pas les ensembles de sa voix solide et bien timbrée. On soulignera l’excellence du Los Angeles Master Chorale, d’où se détachent le ténor Arnold Geis et la basse Chung Uk Lee, archétypes de leurs tessitures respectives, sans oublier le Boys of the Los Angeles Children’s Chorus, d’une égale homogénéité.

Un pari autant qu’une expérience singulière : Michael Tilson Thomas ne pouvait mieux commencer la célébration de son soixante-dixième anniversaire.

Gilles Charlassier
Missa Solemnis, Walt Disney Hall, Los Angeles, du 9 au 11 janvier 2015

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