15 juin 2014
Avignon, rideau sur le CNIPAL

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Cela faisait maintenant trente ans que le CNIPAL (Centre National pour l’Insertion Professionnelle des Artistes Lyriques), créé en 1983, constituait un remarquable tremplin pour de jeunes chanteurs, où, tout en se perfectionnant par l’intermédiaire de stages, ils pouvaient s’enrichir de rencontres pour favoriser leur début de carrière. Mais à l’heure des réductions budgétaires, qui sacrifient toujours la culture en premier, surtout si elle est considérée comme élitiste et dépassée comme l’opéra – même si la réalité du terrain offrirait maints contre-exemples à ce préjugé qui l’une des choses les mieux partagées par nos technocrates, la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur n’a pas attendu le Front National pour céder aux sirènes poujadistes et retirer sa subvention. Et pourtant cette aventure singulière dans le paysage lyrique européenne a été depuis trois décennies le creuset de nombreux talents aujourd’hui reconnus, à l’instar de Béatrice Uria-Monzon ou Ludovic Tézier parmi les plus célèbres, mais on pourrait citer Olivia Deray, Svetlana Lifar, Raphaël Bremard, Thomas Dolié, Xavier Mas, que l’on retrouve régulièrement sur les plateaux hexagonaux. A l’heure où la multiplication, louable, des programmes pour des professionnels débutants ne prémunit plus contre une précarité croissante, ce désaveu sonne de brutale manière.

Adieu festif

Autant dire que ce concert de fin de saison du vendredi 13, hasard du calendrier bien funeste, prenait une tournée particulière. Régulièrement invités pour des récitals tout au fil de l’année – entre autres dans les foyers de l’Opéra de Marseille ou d’Avignon – les solistes ont été réunis pour un programme d’adieu. Dirigée par Samuel Jean, à la tête de l’Orchestre Régional Avignon-Provence, partenaires constants du CNIPAL, la soirée s’ouvre avec l’air de l’oiseleur de Papageno dans la Flûte enchantée, incontournable mise en bouche suivie de la non moins fameuse Séguedille de Carmen. On retiendra Emilie Rose Bry dans le touchant air d’Ilia tiré d’Idomeneo de Mozart, ou encore la gouaille de Falstaff chez Sulkhan Jaiani, et le suave duo des fleurs de Lakmé, avec la Mallika de Valentine Lemercier et la Lakmé de Pauline Rouillard. Pour les ensembles, évoquons le gourmand trio, « Tous les trois réunis » de La fille du régiment de Donizetti, où l’on retrouve Céline Laborie,  Tae Sung Lee et Thibault Desplantes ou encore le quatuor de Rigoletto, avant un finale réunissant tous les interprètes sous le signe de Rossini et du Barbier de Séville, « Fredda ed immobile », véritable feu d’artifice de virtuosité qui est comme un pied de nez aux rigueurs et aux ignorances d’un monde trop assis sur ses bourses pour regarder les étoiles.
GC
Concert d’adieu du CNIPAL, Opéra d’Avignon, 13 juin 2014

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Il y a 120 ans, en janvier 1898, Zola écrivait son "J'accuse". Journalistes, avocats, universitaires, écrivains, nous sommes les Stylos Noirs, rdv sur Twitter et Facebook @Stylosnoirs